Romains 12, 1-21

Sainte Brigitte de Suède

Saint Jean-Paul II

Spes Aedificandi 4, 1er octobre 1999

            Brigitte est née en 1303 d’une famille aristocratique en Suède. Elle est connue surtout comme mystique et fondatrice de l’Ordre du Très Saint Sauveur. Toutefois, il ne faut pas oublier que la première partie de sa vie fut celle d’une laïque qui eut le bonheur d’être mariée avec un pieux chrétien dont elle eut huit enfants. En la désignant comme co-patronne de l’Europe, j’entends faire en sorte qu’on la sente proche non seulement de ceux qui ont reçu la vocation à une vie consacrée, mais aussi de ceux qui sont appelés aux occupations ordinaires de la vie laïque dans la monde et surtout de ceux qui sont appelés à la haute et exigeante vocation de former une famille chrétienne. Sans se laisser fourvoyer par les conditions de bien-être de son milieu, elle vécut avec son époux une expérience de couple dans laquelle l’amour conjugal allait de pair avec une prière intense, avec l’étude de la Sainte Ecriture, avec la mortification chrétienne, avec la charité. Ils fondèrent ensemble un petit hôpital, où Brigitte avait l’habitude de servir les plus pauvres. En même temps, elle fut appréciée pour ses qualités pédagogiques qu’elle eut l’occasion de mettre en œuvre durant la période où l’on demanda ses services à la cour de Stockholm.

            Cette période familiale n’était qu’une première étape. Le pèlerinage qu’elle fit avec son mari à Saint Jacques de Compostelle, en 1341, mit symboliquement fin à cette étape, préparant Brigitte à la nouvelle vie après la mort de son mari : elle entendit la voix du Christ qui lui confiait une nouvelle mission, la guidant pas à pas par une série de grâces mystiques extraordinaires.

            Ayant quitté la Suède en 1349, Brigitte s’établit à Rome. Son transfert en Italie constitua pour elle une étape décisive pour l’élargissement, non seulement géographique et culturel, mais surtout spirituel, de l’esprit et du cœur de Brigitte. Beaucoup de lieux d’Italie la virent en pèlerinage, désireuse de vénérer les reliques des saints. Plus encore, c’est par le sens profond du mystère du Christ et de l’Eglise que Brigitte participa à la construction de la communauté ecclésiale. Son union intime au Christ s’accompagna en effet de charismes particuliers de révélation qui firent d’elle un point de référence pour beaucoup : on sent en Brigitte la force de la prophétie. Elle parle avec sûreté à des princes et à des papes, révélant les desseins de Dieu sur les événements de l’histoire. Elle n’épargne pas les avertissements sévères même en matière de réforme morale du peuple chrétien.

            Il n’est pas douteux qu’en reconnaissant la sainteté de Brigitte, l’Eglise, sans pour autant se prononcer sur les diverses révélations, a accueilli l’authenticité globale de son expérience intérieure. Brigitte se présente comme un témoin significatif de la place que peut tenir dans l’Eglise le charisme vécu en pleine docilité de l’Esprit de Dieu et en totale conformité aux exigences de la communion ecclésiale.