Jean 15, 1-8

L’histoire de la vigne Israël

Père Xavier Léon-Dufour

Lecture de l’Evangile selon Jean, Tome III, p. 157s

            C’est la Bible qui fonde le langage symbolique de Jean. Osée (10,4), le plus ancien des prophètes, avait dépeint Israël comme une vigne florissante, produisant des fruits à l’avenant ; par la suite, le nom propre peut tomber et les textes se multiplient où il est question tout court de la vigne pour évoquer l’histoire des relations entre Dieu et le peuple élu.

            La vigne Israël doit son existence à Dieu qui l’a arrachée d’Egypte et l’a plantée dans un espace nouveau où elle a pu s’étendre et prospérer. Elle doit porter des fruits abondants, car la plantation du Seigneur est destinée à manifester sa gloire. C’est par amour que Dieu a fait cela, comme le souligne l’exorde du célèbre poème d’Isaïe (5,1-2) : Que je chante pour mon ami le chant du bien-aimé et de sa vigne ! Dieu veut la vie : Fructifiez, multipliez-vous, commandait le Créateur. Dans la stipulation de l’Alliance, la fécondité du sol est l’une des bénédictions promises au peuple. Mais le fruit dont il est question est d’un autre ordre : Israël doit porter des fruits de justice par sa fidélité à l’Unique et par sa pratique de la Loi.

            Or, la conduite d’Israël s’est avérée décevante, de par sa faute ou à cause de ses mauvais pasteurs. Aussi la suite du poème d’Isaïe devient-elle une complainte et un jugement. En dénonçant le péché d’idolâtrie, Jérémie (2,21) fait écho à la déception du Seigneur : Moi, je l’avais plantée, vigne produisant des fruits authentiques ; comment as-tu dégénérée en cépage bâtard ? Ezéchiel (19,12) constate la déchéance de la vigne : Ses rameaux ont séché, le feu les a dévorés. Aussi le psalmiste (79,16-17) implore-t-il : Cette vigne, celle que ta droite a plantée, ils l’ont brûlée par le feu comme une ordure : au reproche de ta face, ils périront.

            Le dernier mot du Seigneur n’est pas la destruction, car il est fidèle pour toujours, et il va le manifester, comme l’annonce le second chant de la vigne en Isaïe (27,2.6) : Ce jour-là, chante la vigne délicieuse ! A l’avenir, Jacob s’enracinera, Israël bourgeonnera et fleurira ; la face du monde sera couverte de récolte.

            De toute évidence, le texte de l’évangile de ce jour s’inspire de la tradition biblique de la vigne Israël où se raconte l’histoire de l’élection et de l’Alliance. Le lecteur chrétien y reconnaît le même langage que dans les paraboles des évangiles synoptiques Marc et Luc où la vigne désigne Israël, et, chez Matthieu, le Royaume de Dieu.