Matthieu 11, 25-30
| La Béatitude des petits |
Dom Ghislain Lafont
Jésus, un pauvre parmi les pauvres, p. 86s
Jésus, dans l’évangile de ce jour, se tourne d’abord vers son Père et prie. A part la supplication de l’agonie, l’évangile ne nous donne pas d’autre texte de prière de Jésus, et c’est ce qui fait le prix de ce passage. Dans ce dialogue avec son Père, Jésus célèbre un Mystère de Révélation. S’il a subi un certain échec auprès des sages et des intelligents, il se souvient de l’accueil que lui ont réservé des gens plus modestes, moins riches que les citadins, moins arrogants que les pharisiens. Ces gens, en définitive, ce sont ses disciples, depuis les premiers, appelés au bord du lac, à qui il pourrait dire, comme saint Paul aux Corinthiens : Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu. Il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille (1 Corinthiens 1,26). Paul, comme Jésus, voit, dans cette élection des pauvres et dans leur accueil de l’Evangile, une disposition merveilleuse de la bienveillance divine. Jésus éprouve la vérité de ce qu’il avait envoyé dire à Jean avec les mots du prophète Isaïe (11,5) : La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Voilà une constante dans l’économie divine du salut dont Jésus s’émerveille, dont il rend grâces au Père qui en est la source et qui le contrôle de la dureté des autres. Nous trouverons un autre écho de cet émerveillement de Jésus, au moment où il sera accueilli comme Roi au Temple de Jérusalem, et, à ce moment-là, il explicitera la citation du psaume qui entrevoyait prophétiquement cette béatitude des petits : De la bouche des tout-petits et des nourrissons, tu t’es préparé une louange
Si, toutefois, nous considérons la suite du texte, nous voyons que ces tout-petits ne sont pas seulement les disciples, mais aussi tous les Juifs qui veulent vivre dans la fidélité à la Loi. Or, dans leur bonté, ceux-ci sont tombés sous le joug de commandements détaillés et lourds que leur enseignent et leur imposent les scribes et les pharisiens, et qui finissent par constituer un fardeau insupportable. A ceux-là, Jésus dit : Venez à moi et devenez mes disciples ; autrement dit, il les invite à apprendre l’essentiel de la Loi, ce qui le caractérise, lui, Jésus : Je suis doux et humble de cœur. Ces deux expressions qui évoquent les deux premières béatitudes (5,3 et 4), renvoient au Discours sur la Montagne. Celui-ci fait le tri dans les mille et une observances rituelles, mais surtout il définit l’art de la vie dans le Royaume : un chemin amoureux, progressif, intériorisé.
