Job 42, 7-17
| Job, l’héritier d’Abraham |
Christine Pellistrandi
Job, l’insoumis, p. 195s
Curieusement, Abraham et Job sont liés par une même vocation. A travers le langage de sa prière, Abraham prête sa voix au désir de Dieu, qui n’est pas celui de détruire, mais de sauver Sodome et lui éviter la mort.
Job aussi est appelé à prier. C’est cela sa vocation comme celle d’Abraham : il lui faut intercéder pour ses amis qui ont si mal parlé de Dieu. Il lui faut supplier pour son prochain, ses frères, ses sœurs et ses amis qui viennent manger le pain dans sa maison. Certes, Dieu lui donne de nouveaux enfants, mais il a dû affronter le deuil les premiers. Il retrouve sa vocation de serviteur parce qu’il a accepté que le sens de sa souffrance fasse partie des choses mystérieuses hors de sa portée : J’ai abordé, dit-il, sans le savoir, des mystères qui me confondent. Il sait qu’il ne doit pas seulement s’obnubiler sur la face ténébreuse du visage de Dieu au détriment de toute la tendresse divine qui l’a créé et don aimé. C’est bien là ce qui déchire son âme, ce tiraillement intime entre la face bienveillante de Dieu et sa colère incompréhensible. On comprend pourquoi le psalmiste demande à Dieu de lui donner in cœur unifié (86,11).
Désormais Job rejoint la lignée des serviteurs du Seigneur à la suite des patriarches et des prophètes. Il mourra rassasié de jours. Selon une interprétation juive, il n’y a pas de fin à sa vie, car tous les jours à partir du jour de sa mort, il a été béni : cela voudrait-il dire que le monde à venir est déjà arrivé pour lui, celui de l’ultime niveau de conscience qui permet à l’homme d’entrer dans l’éternité de son vivant ?
C’est pourquoi il est pèlerin d’espérance : oui, il peut être un guide spirituel parce qu’il force chaque lecteur à faire surgir du fond de son cœur l’angoisse la plus obscure. Il demande ce travail intérieur pour libérer les strates d’amertume, les regrets enfouis, les larmes retenues. Prononcer ses paroles, relire ses discours et se les réapproprier est l’étape nécessaire d’un chemin de conversion : se dépouiller de nos certitudes pour dévoiler notre orgueil qui nous fait nous emparer de Dieu. Alors les écailles tomberont de nos yeux et nous pourrons dire avec Job : Je parlais sans savoir, mais maintenant tu m’as éclairé. Job, l’innocent par excellence, jouet de la jalousie de Satan, préfigure le Christ qui, lui aussi, combattra le diable dans le désert pendant quarante jours, le temps du Carême, avant d’entrer dans sa vie publique qui le mènera au Calvaire et à la lumière de Pâques pour que tout homme soit sauvé.
