Timothée 5, 3-25
Les veuves
Père Michel Gourgues
Les deux lettres à Timothée, p. 188s
Le texte que nous venons d’entendre paraît indiquer qu’il existait dans la communauté, à côté d’une certaine organisation dans la prise en charge des veuves dans le besoin, une reconnaissance formelle du regroupement de certaines veuves s’engageant notamment à ne pas se remarier et exerçant une activité de type caritatif au service de l’Eglise. Faut-il pour autant parler d’une ordre des veuves, comme le fera au II° siècle Tertullien dans un passage où il fait expressément référence à notre texte ? Combien les secondes noces, écrit-il, appauvrissent la foi, quel obstacle elles sont pour la sainteté, la discipline de l’Eglise et le précepte de l’apôtre le montrent, puisqu’ils interdisent aux hommes remariés de devenir chefs d’église et ne permettent de recevoir dans l’ordre des veuves que des femmes mariés une seule fois. Nombre de commentateurs emploient effectivement cette expression, ordre des veuves, avec notre texte, et certains parlent de notre texte comme de l’attestation la plus ancienne d’une institution de ce genre. En réalité, les indications très allusives de notre passage ne permettent guère d’être aussi précis sans risque d’anachronisme. C’est bien plus tard, aux III° et IV° siècles, qu’a existé un Ordre des Veuves au visage et aux fonctions bien déterminées, ce qu’on trouve dans la Didascalie des Apôtres et les Constitutions apostoliques. En tout cas, en ce qui concerne le II° siècle, on ne trouve pas d’indications en ce sens, même dans les rares passages d’Ignaced’Antioche et de Polycarpe où il est fait mention des veuves. Il faut attendre la Tradition Apostolique d’Hippolyte de Rome pour trouver un texte où il est clairement question de l’institution des veuves et de leur intégration dans un groupe. Et paradoxalement, la seule attestation du II° siècle en faveur d’une activité caritative des veuves, comme celle que laisse entrevoir 1 Timothée 5,10, se trouve chez un auteur païen, Lucien de Samosate, dans un récit où il fait part du dévouement de veuves chrétiennes auprès d’un prisonnier.
Le texte, dans la première lettre à Timothée, témoigne simplement, en relation avec les veuves, d’un début d’organisation et d’institutionnalisation allant dans le sens d’un regroupement, d’un engagement reconnu, et, semble-t-il, de l’exercice d’un certain service également reconnu au sein d’une communauté d’Eglise particulière.
