Timothée 4,1 – 5,2
Saint Augustin
Sermon 308, OC 19, p. 12s
Vous voyez que ce misérable Hérode aimait Jean Baptiste, ce saint personnage, cet homme de Dieu. Mais dans l’ivresse de la joie et du plaisir que lui donnait une danseuse, il promis d’accorder tout ce que demanderait cette jeune fille qui l’avait séduit en dansant devant lui, et fit ainsi un serment téméraire.
Mais, dès qu’il entendit la demande criminelle et sanguinaire qui lui était faite, il fut contristé. Il voyait toute l’énormité du forfait qu’il allait commettre, mais, placé entre son serment et la demande de cette jeune fille, il craignait de souiller ses mains dans le sang ou de se rendre coupable de parjure ; et de peur d’offenser Dieu en se parjurant, il se détermine à l’offenser par un crime horrible.
Que devait donc faire Hérode, me dira-t-on ? Répondrais-je : il ne devait pas s’engager par serment ? Qui ne voit que c’est là ce qu’il aurait dû faire ? Mais, vous me demandez, non pas s’il devait jurer, mais ce qu’il aurait dû faire après s’être engagé par serment ? C’est là la grande question. Il a fait un serment téméraire, qui ne le voit ? Il a succombé, il s’est engagé par serment ; cette jeune fille demande la tête de saint Jean, qu’aurait dû faire Hérode ? Essayons de le conseiller. Si nous lui disons : Epargne Jean, ne commet pas un si grand crime, nous lui conseillons de se parjurer ! Si nous lui disons : Ne parjure point, nous l’excitons à se rendre coupable de se forfait. Triste alternative.
Examinons les Ecritures : j’y trouve l’exemple d’un homme pieux et saint qui eut l’imprudence de faire un serment téméraire et qui préféra ne pas accomplir son serment que de l’accomplir en répandant le sang humain. Rappelez-vous Saül oubliant tout sentiment de reconnaissance, persécutait David, ce fidèle serviteur de Dieu. David se retirait avec les siens où il pouvait pour échapper aux recherches de Saül. Il envoya un jour demander à un homme riche, Nabal, les aliments nécessaires pour le soutenir, lui et ses compagnons. Cet homme sans entrailles ne voulut rien donner, et, ce qui est plus grave, il répondit par des outrages. Le saint homme David jura qu’il le mettrait à mort, car il était en armes. Rien n’était pour lui plus facile, et la colère lui persuadait que sa vengeance était juste ; il fit donc donc ce serment sans réfléchir et il se mit en route pour l’accomplir. Abigaïl, l’épouse de Nabal, vint au-devant de lui et lui apporta tout ce qui était nécessaire. Elle se jeta à ses pieds, le supplia, et le fit renoncer à la résolution qu’il avait prise de mettre à mort son mari. David fit un serment téméraire, mais un sentiment plus profond de religion le détourna de l’accomplir.
