Actes 6, 1-6 + 8, 1-8

Témoignages et formation de la légende

Françoise Monfrin

Histoire des Saints, Tome II : Les Martyrs, p. 203s

            Ambroise de Milan fournit, en différents passages, un récit presque complet du martyre de Laurent. Rassemblées, ses indications constituent déjà le squelette de la Passion qui sera rédigée bien des années après. Laurent est le diacre du pape Sixte II ; rencontrant celui-ci que l’on menait au supplice, il pleure de ne pouvoir suivre son évêque ; ce dernier lui promet qu’il subira le même sort trois jours plus tard. Sommé de livrer les trésors de l’Eglise, Laurent rassemble les pauvres, le vrai trésor dans lequel est le Christ, dans lequel est la foi. Pour ne point s’être soumis à la volonté de l’empereur, et s’être joué du tyran, il est couché sur un gril ardent, et brûlé. Mourant, il prononce ces mots : C’est rôti, retourne et mange !

            Le récit qui se dessine sous les fioritures rhétoriques du Peristephanun de Prudence, quelques dizaines d’années plus tard, bien que moins détaillé, reprend les trois épisodes principaux retenus par Ambroise : la rencontre avec Sixte II, située ici au pied de la croix, l’annonce de la mort sous trois jours et l’épisode des pauvres ; la répartie finale, est ici sous une forme plus développée que chez Ambroise : Fais retourner de l’autre côté la partie de mon corps qui a été suffisamment exposée à ces flammes continuelles, et examine bien le résultat obtenu par l’ardeur de ton Vulcain. C’est cuit : mange et expérimente si c’est meilleur cru ou rôti.

            Prudence et Ambroise divergent sur deux points. Prudence fait mourir Laurent sur un bûcher : Monte sur le bûcher qu’on vient d’éteindre ; couche-toi sur ce lit digne de toi, alors qu’Ambroise avait parlé d’un grill. D’autre part le poète espagnol, Prudence, décrit la fonction de Laurent sans recourir aux termes techniques, mais en ajoutant des précisions supplémentaires : Laurent était le premier des sept qui se tiennent tout près de l’autel ; lévite le plus haut en grade, et l’emportant sur tous les autres, il avait la charge des serrures qui abritaient les objets sacrés ; il veillait, fidèle dépositaire des clefs, sur le trésor secret de la maison céleste, administrait les richesses vouées à Dieu. Un peu plus loin, Prudence décrit une troisième activité de Laurent : celle de la distribution des secours.