Joël 1,13 – 2,11

Pénitence pour un temps de calamité agricole

Père Gaston Brillet

365 méditations sur la Bible, Tome 3 : La prophétie, p. 155s

            L’effroyable calamité, que l’Orient ne connaît que trop, une invasion de sauterelles, s’est abattue sur le pays. Le poète la décrit avec vivacité et précision par sa face matérielle : la dévastation ; avec un ton pathétique, par sa face psychologique : la souffrance des pauvres gens.

            Mais bientôt le prophète élève la voix, il prêche la pénitence. Que les prêtres organisent une liturgie, et, premiers pénitents, se revêtent de sacs et supplient.

            Lui-même dirige leur prière en leur suggérant des paroles et en excitant leur compassion pour les malheurs du peuple. Il s’empare du vieux et puissant thème prophétique du Jour de Dieu, Dies ille, dies illa !, et y introduit un nouveau tableau, plus puissant encore que le premier, et devenu célèbre, de l’invasion des sauterelles : une armée innombrable avec des visages de chevaux, le nuage effrayant qui obscurcit le soleil, le bruit d’orage de son approche, le crépitement de feu de ses mandibules dévorantes. Le progrès irrésistible de sa marche régulière et disciplinée, l’envahissement des maisons et des villes ; et après son passage, comme après celui de l’incendie, la mort et le dessèchement de tout.

            Cela, c’est un Jour de Dieu. Nul ne peut dépasser de tels effets. L’auditoire, qu’on devine haletant, est prêt à recevoir le pathétique appel : Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. Déchirez votre cœur et non vos vêtements. Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendresse et pitié, lent à la colère, riche en grâce.

            Dieu répond. Il annonce que le fléau va cesser, que les campagnes vont revivre sous la pluie d’automne et la pluie de printemps, que les aires seront pleines de blé, les cuves pleines de moût et d’huile. Et cela, c’est la présence de Dieu.

            Pourquoi lire la Bible, sinon pour réveiller en nous ces sentiments plaintifs ; la terreur du péché, la joie de la grâce ? Ils dorment ordinairement, mais nous avons jadis connu, nous connaissons encore de leurs réveils. De grandes peines et de grandes joies ont remué nos âmes. C’était des heures de Dieu. Le prophète a-t-il parlé ?