Matthieu 14, 13-21
| Première multiplication des pains |
Saint Hilaire de Poitiers
Sur Matthieu, tome II, SC 258, p. 21s
Comme les disciples engageaient Jésus à renvoyer les foules dans les villages les plus proches pour qu’elles y achètent de la nourriture, il répondit : Elles ne sont pas obligées d’y aller, montrant que ceux qu’il soignait n’avaient pas besoin de se nourrir d’une doctrine mise à prix et qu’ils n’étaient pas obligés de revenir en Judée pour acheter de la nourriture. Il ordonne donc aux apôtres de leur donner de quoi manger. Ignorait-il qu’il n’y avait rien à donner ? Et lui qui voit à l’intérieur de l’esprit de l’homme, ne savait-il pas la quantité mesurée de nourriture mise en réserve entre les mains des apôtres ? Mais il fallait qu’une raison typologique fût entièrement développée. Les apôtres, en effet, n’avaient pas encore reçu le droit de réaliser et d’offrir le pain céleste comme nourriture de la vie éternelle.
Leur réponse a en vue l’ordre de l’intelligibilité spirituelle. Ils répondirent en effet qu’ils avaient seulement cinq pains et deux poissons, parce qu’ils étaient encore retenus sous le régime des cinq livres de la Loi, les cinq pains, et nourris par l’enseignement des deux poissons, c’est-à-dire des prophètes et de Jean. Dans les œuvres de la Loi, il y avait la vie, comme dans le pain, et la prédication de Jean et des prophètes ranimait l’espérance de la vie humaine par la puissance de l’eau. Voilà donc ce que les apôtres servirent en premier lieu, parce qu’ils étaient encore à ce régime, mais on nous montre la prédication des Evangiles partant de là, et s’étendant, à partir de ces origines, elle se développe, en accroissant sa puissance à profusion.
Ayant donc pris les pains et les poissons, le Seigneur leva les yeux vers le ciel, les bénit et les rompit, rendant grâce au Père d’être changé en nourriture dans l’Evangile, après l’époque de la Loi et des prophètes. Après cela, le peuple est invité à s’asseoir sur l’herbe : il est non plus couché sur la terre, mais appuyé sur la Loi et chaque homme s’étend sur les fruits de son travail comme il le ferait sur l’herbe à terre. Les dons de la grâce divine devaient être redonnés. Ensuite la foule est nourrie et rassasiée de cinq pains et de deux poissons ; quand les convives furent assouvis, les morceaux de pain et de poisson furent abondants pour remplir douze corbeilles. Entendez que la multitude est comblée par la parole de Dieu qui vient de l’enseignement de la Loi et des prophètes ; à la suite du service de la nourriture éternelle, la profusion de puissance divine, mise de côté pour le peuple païen, déborde pour donner la plénitude des douze apôtres.
