Tite 3, 5-15
Par le bain de la régénération
Père Ceslas Sîcq
Les épîtres pastorales, p. 286s
Dans le paganisme, la vie des hommes pécheurs était exécrable ; le baptême les lave de ces souillures, et, ainsi justifiés, les croyants vivent empressés aux bonnes œuvres, dans l’espérance de la vie éternelle. Leur capacité morale et spirituelle est donc transformée du tout au tout ; à l’incapacité radicale de tout bien succède une belle fécondité. C’est donc l’intime de l’homme qui est atteint par le don de la grâce transmise à travers l’eau baptismale. Aussi, celle-ci est-elle qualifiée ainsi : Il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit-Saint. Si ces deux termes sont rares et le premier absolument nouveau dans saint Paul, les réalités qu’ils expriment faisaient l’objet de son enseignement le plus traditionnel exprimé avec force dans les épîtres de la captivité. L’œuvre du Christ consiste à rétablir la paix dans le monde et l’union entre les hommes, à fondre les Juifs et les païens dans un seul homme nouveau ; revêtir le nouvel homme est la même chose que revêtir le Christ. Mis en appartenance au Christ, le chrétien participe de sa force, de sa sagesse, de sa justice et de sa sainteté ; il est sauvé dans le Christ et avec le Christ. D’une part l’inimitié des hommes entre eux est abolie, il n’y a plus d’opposition entre les Juifs et les païens, mais un commun rapport de filiation de tous baptisés au Père, et d’autre part dans la vie de chacun d’eux il y a désormais deux phases bien distinctes, l’une antérieure, l’autre postérieure au baptême, phases qui s’opposent comme la vie et la mort, le désespoir et l’espérance, les ténèbres et la lumière, le péché et les bonnes œuvres. Ce double résultat dépend de la substitution de l’homme nouveau au vieil homme. Ce n’est pas le fruit d’une évolution, mais comme une création : voilà pourquoi Dieu ne fait plus de différence entre circoncis et incirconcis, et pourquoi l’homme renouvelé à l’image de son Créateur est établi dans une justice et une sainteté. L’Eglise, dépositaire du mystère de piété qu’est le Christ, héritière de sa puissance de salut, l’Eglise, dont les ministres administrent le baptême, est donc le lieu de l’engendrement des élus de Dieu.
