Qohèleth 8,5 – 9,10
La lumière véritable
Saint Grégoire d’Agrigente
Commentaire de Qohèleth, PG 98, 1138s, Solesmes, Tome 3, p. 586s
Douce est la lumière et il plaît aux yeux de voir le soleil. Cette lumière est douce, dit l’Eccésiaste, et il plaît beaucoup au regard de nos yeux d’admirer ce soleil visible. Si cette lumière était retirée, le monde serait sans beauté, la vie sans vie. C’est pourquoi Moïse, le grand contemplateur de Dieu, nous devance en disant : Et Dieu vit la lumière, et il dit que cela était bon. Quant à nous, il convient nécessairement de penser que l’Ecclésiaste, selon la manière habituelle des prophètes, lorsqu’il a nommé la lumière sensible, avait devant les yeux la grande et véritable et l’éternelle lumière, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde, c’est-à-dire le Christ, Sauveur et Rédempteur, lui qui, fait homme, en est venu au point le plus bas de la condition humaine : le prophète David dit à son sujet : Chantez pour Dieu, jouez pour son nom, frayez la route à celui qui monte vers le couchant : son nom est le Seigneur. Exaltez devant sa face.
L’Ecclésiaste, en appelant douce cette lumière, a d’avance annoncé qu’il plairait à ses yeux de voir le soleil de la gloire, celui, assurément, qui au temps de la divine incarnation a dit : Mio, je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. Ou encore : Le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde. Ainsi donc, en cette lumière solaire dont nous jouissons par les yeux du corps, il annonçait d’avance le Soleil spirituel de justice qui fut vraiment très doux à ceux qui se sont montrés dignes de se laisser préparer par lui en sorte que, lui-même vivant et séjournant parmi les hommes, ils puissent le voir de leurs yeux comme l’un des hommes, lui qui n’était cependant comme aucun des hommes. Il était, en effet, aussi le vrai Dieu, et c’est pourquoi il a fait que les aveugles voient, que les boiteux marchent, que les sourds entendent ; il a purifié ceux qui étaient couverts de lèpre, rappelé des morts à la vie par sa seule injonction.
Et maintenant encore, il est véritablement très doux à nos yeux spirituels de regarder cette lumière, de contempler sa simple et divine beauté, de la considérer avec amour.
