2 Pierre 1, 1-11

Le Jour du Seigneur

Père René Leconte

Les épîtres catholiques, Introduction à la 2ème de Pierre, BJ, p. 127s

La deuxième lettre de Pierre se situe dans une perspective nettement eschatologique. Depuis la Résurrection, l’humanité vit la dernière phase de son histoire : elle attend donc le Jour du Seigneur qui marquera la fin du monde présent et inaugurera une ère de justice sous de nouveaux cieux et une terre nouvelle. L’idée d’une transformation de l’univers aux temps messianiques se rattache à la tradition prophétique (Isaïe 55,17) ; elle était fort répandue dans le Judaïsme (Hénoch, Jubilés, Assomption de Moïse, etc…) et se retrouve dans le Nouveau Testament (Matthieu, Actes, etc…). L’Apocalypse s’exprime dans les mêmes termes que 2 Pierre (Ap 21,9 = 2 P 3,10).

Le Jour du Seigneur permettra de châtier les hommes impies et aussi les anges rebelles, relégués jusque là dans le Tartare et les abîmes de ténèbres ( P 2,4). Alors que la Genèse (6,1-4) n’envisage que la prévarication des Fils de Dieu, leur châtiment est abondamment illustré par les apocryphes juifs, où il comporte, comporte en 2 Pierre, une phase préliminaire avant la condamnation définitive (Hénoch). L’Apocalypse (20,7) prévoit également l’incarcération provisoire de Satan avant le triomphe du Christ. Par contre, les Justes, demeurés sans tache et sans reproche, n’ont point à redouter le Jour du Seigneur : ils peuvent même en hâter la venue par la sainteté de leur conduite (2 P 3,11). Il était en effet admis dans les Apocryphes que le péché reculait l’avènement des Temps Messianiques. Comme Pierre, les Actes des Apôtres (3,19-20) utilisent cette doctrine. Saint Paul y fait sans doute allusion quand il regarde la conversion des Juifs comme une condition préalable de la Parousie (Romains 11). Cependant, quelle que soit l’imminence de son Retour, le Seigneur arrivera quand même à l’improviste comme un voleur (2 P 3,10). Pierre demeure donc ici dans la tradition synoptique, mais il explique pourquoi il est inutile de se livrer en ces matières à des pronostics ; même si les derniers temps sont venus, il n’en est pas moins vrai que notre manière de compter ne correspond pas à celle de Dieu : Un jour devant le Seigneur est comme mille ans, et mille ans comme un jour (2 P 3,8). Enfin, la lettre met en parallèle le Jour du Seigneur et le Déluge qui l’a en quelque sorte préfiguré. De même que Dieu le Père prenait patience aux jours de Noé (1 P 3,20), de même en est-il aujourd’hui du Christ. Quant au monde présent, il sera détruit par le feu comme le monde ancien avait été détruit par l’eau. Cette destruction s’étendra jusqu’au monde céleste (2 P 3,6-7).