Ephésiens 4, 1-16
« Comme il est écrit… »
Père David-Marc d’Hamonville
Matthieu, la parole pleine à craquer, p. 10s
Les tous premiers versets du récit de l’évangile de Marc semblent avoir eu un impact extraordinaire sur l’esprit de Matthieu. Pour lui, ce commencement abrupt qui nous déconcerte est un coup de génie : Comme il est écrit dans le prophète Isaïe…(Marc 1,2).
Celui qui disait cela, celui qui parlait comme cela, c’était Jésus lui-même, aiguillonnant constamment ses disciples, et même ses contradicteurs en disant : N’avez-vous donc pas lu… ? Jésus renvoyait son auditeur au trésor des Ecritures, il ne cessait d’y puiser, et d’y faire puiser tous ceux qu’il rencontrait, d’une façon singulière, toute neuve, proprement inouïe.
Mais une expression particulière de Jésus a davantage encore frappé Matthieu, une formule très étonnante : C’est pour que les Ecritures soient accomplies.Où se situe cette expression dans l’évangile de Marc ? Elle n’y apparaît qu’une seule fois : Jésus a dit cela au moment de son arrestation au Jardin des Oliviers (Marc 14,49). Le récit parallèle de Matthieu se trouve amplifié à cet endroit de façon tout à fait originale : cette amplification permet d’entrevoir le développement d’un questionnement. Faisant comme un arrêt sur image, Matthieu a dédoublé l’étonnante formule sur l’accomplissement des Ecritures à travers une interrogation qui la précède, placée également dans la bouche de Jésus, soulignant le problème à l’adresse de ses disciples : Mais alors, comment seraient accomplies les Ecritures ?
Remets ton épée à sa place, dit Jésus à Pierre en Matthieu, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Si je faisais appel à mon Père, il m’assisterait sur le champ de plus de douze légions d’anges ! Mais alors, comment seraient accomplies les Ecritures selon lesquelles il doit en être ainsi ? Et Jésus de poursuivre : Tout ceci est advenu pour que les Ecritures soient accomplies (Matthieu 26,52-56).
Ces paroles concernant l’accomplissement des Ecritures, placées dans la bouche de Jésus, au moment de son arrestation, indiquent que cet accomplissement est fondamentalement lié, non pas seulement à la violence qui se déchaîne contre Jésus, mais plus encore au fait qu’il ne soit pas répondu à cette violence par une quelconque violence, ni humaine, ni divine. Si une telle réponse violente avait lieu, aucune révélation n’aurait lieu, la violence continuerait d’occuper seule le devant de la scène, comme toujours, comme aujourd’hui encore si souvent, et elle masquerait la Parole, elle empêcherait sa révélation, elle empêcherait l’accomplissement des Ecritures…
