Jean 1, 47-51

Nathanaël

Père Louis Bouyer

Le quatrième évangile, p. 269s

Dans l’évangile de ce jour, le trait dominant de Nathanaël apparaît comme une grande candeur : il faut prendre ce mot dans son meilleur sens qui n’exclut pas cette nuance de naïveté que chaque détail indique, comme si l’évangéliste avait écrit, d’après Jésus lui-même, en gardant sur les lèvres un sourire plein de charité.

L’objection de Nathanaël, sous sa forme de boutade trop assurée, quelque chose de bon peut-il être de Nazareth, est celle que Jésus rencontrera toute sa vie, à savoir son origine en apparence toute humaine, alors qu’on attendait un Messie transcendant.

Philippe ne discute pas , il lui dit seulement : Viens et vois. Il n’a pas de réponse précise à donner en présence de cette difficulté qu’il devait ressentir aussi bien que Nathanaël, mais le fait est que la seule rencontre de Jésus en personne dissipe tous les doutes.

La parole de Jésus voyant venir Nathanaël est empreinte de ce à quoi nous faisions allusion et qu’on ose à peine appeler de l’ironie, tant la délicatesse est grande : Voilà véritablement un Israélite en qui il n’y a point de fraude.

La réaction de Nathanaël, interloqué, toute son assurance tombée d’un coup, en accuse la justesse : D’où me connais-tu ?

La réponse que lui fait Jésus : Avant que Philippe t’eût appelé, je t’ai vu sous le figuier, ne peut être interprétée sinon comme la manifestation d’un don de seconde vue, autrement le saisissement de Nathanaël serait incompréhensible.

La précision du moment implique sans doute une allusion voilée à une expérience intime de Nathanaël dans sa méditation solitaire sous le figuier, à l’ombre duquel on se retirait pour sonder l’Ecriture et pour prier.

Il n’en faut pas plus que cette manifestation singulière du pouvoir du Christ pénétrant le secret de son cœur pour lui gagner Nathanaël, aussi prompt et aussi simple dans son acquiescement que dans sa dérobade. Il dit de Jésus ce que Jean avait lui-même dit : Tu es le Fils de Dieu, mais au lieu que chez Jean tout indique la puissance qu’il donnait à cette phrase, ce que Nathanaël ajoute aussitôt, espérant appuyer son adhésion en en multipliant les expressions, suffit à montrer le sens bien insuffisant dans lequel il la prend : Tu es le Roi d’Israël. En reconnaissant le Christ, il reste de ces vrais israélites sans fraude, mais bornés dans leurs vues.

La réponse de Jésus le souligne : il ne connaît du Christ qu’un détail qu’il juge insuffisant pour croire, mais sa croyance révèle apparemment son peu de profondeur. Il ne croira vraiment au Christ que quand il verra en lui, non plus le Roi d’Israël au sens étroit, mais Celui sur qui les anges montent et descendent, le ciel ouvert. Cette allusion à l’échelle de Jacob introduit l’idée que le vrai caractère de Jésus est de relier ce monde à la divinité elle-même.