Judith 8,1a … 9,36
Vivre au milieu des Ecritures
Saint Jérôme
Lettres, Tome III, Lettre 53 « A Paulin, prêtre », p. 23s
Combien, aujourd’hui, qui pensent être vraiment lettrés, ont en main un livre scellé et ne peuvent pas l’ouvrir, à moins que l’ait décacheté Celui qui possède la clef de David.
Dans les Actes des Apôtres, le saint eunuque, ou plutôt l’homme, car c’est ainsi que l’appelle l’Ecriture, tandis qu’il lisait Isaïe, fut interrogé par Philippe : Crois-tu comprendre ce que tu lis ? Il répondit : Comment le pourrais-je, à moins que quelqu’un ne m’instruise ? Il tenait le livre en main, il concentrait son attention sur les paroles du Seigneur, sa langue les articulait, ses lèvres les prononçaient, il ignorait pourtant Celui qu’à son insu il vénérait dans ce livre. Arrive Philippe, il lui montre Jésus qui était emprisonné et caché sous les lettres, et sur l’heure il croit. Il est baptisé, il est fidèle et saint.
J’ai résumé tout cela brièvement pour que tu comprennes que tu ne peux aborder le domaine des Saintes Ecritures sans un guide qui te montre le chemin. Je te le demande, frère, vivre au milieu de ces textes, les méditer, ne rien connaître, ne rien chercher d’autre, ne crois-tu pas que c’est, dès-ici-bas, habiter le Royaume des Cieux ?
Ne sois pas choqué, je t’en prie, dans les Saintes Ecritures, par la simplicité et presque la vulgarité du langage. Soit par la faute des traducteurs, soit même à dessein, elles se présentent de telle sorte qu’elles puissent assez aisément instruire un auditoire populaire, mais de façon que, dans une seule et même phrase, le savant et l’ignorant découvrent ses sens différents. Je ne suis pas léger, stupide au point de me flatter de connaître tout cela, et de prétendre cueillir sur terre des fruits de ces arbres dont les racines sont plantées au ciel. Mais, j’avoue le désirer, j’ai la prétention de m’y efforcer. Je refuse d’être ton maître et je m’engage à être ton compagnon. Le Seigneur ne nous a-t-il pas dit : A qui demande, on donne ; à qui frappe, l’on ouvre ; qui cherche, trouve. Alors, frères, pour quoi hésiter : étudions sur terre ce dont la science persévérera pour notre bonheur dans le ciel.
