Tobie 4,1-6+19+5,17
Les anges
Père Etienne Nodet
L’Odyssée de la Bible, p. 169s
En grec comme en hébreu, le terme signifie messager, être terrestre ou être céleste. On a des traces d’une cour céleste depuis la Création, lorsque Dieu dit : Faisons l’homme à notre image. Les membres de cette cour sont aussi des serviteurs, des saints, des fils de Dieu : toute une armée céleste rehausse la gloire de Dieu. Il est question de séraphins qui chantent la gloire de Dieu et purifie Isaïe, de chérubins qui défendent l’accès d’Adam et Eve au Paradis, qui abritent l’Arche au Temple, qui soutiennent le trône de Dieu, qui tirent son char, qui lui servent de monture.
Les anges reçoivent parfois des noms appropriés à leur mission : Raphaël, Dieu guérit, Gabriel, héros de Dieu, qui annonce la naissance de Jean le Baptiste, puis de Jésus , Michel, qui est comme Dieu ? A partir de la naissance de Jésus, c’est Michel qui poursuit la lutte contre Satan. D’une manière générale, les anges relient Dieu à la terre, gouvernent le monde en son nom, manifestent sa présence, mais, contrairement aux prophètes, ils n’ont pas de personnalité propre et se réduisent à leurs missions. Les démons sont des anges déchus depuis es temps primordiaux ; Lucifer, leur chef, est tombé par orgueil.
Les anges forment donc deux parties, qui sont parfois rivaux. Mais il ne s’agit jamais de divinités autonomes : même Satan, qui va éprouver Job, fait partie de la cour céleste et joue un rôle révélateur semblable à celui de Pharaon en Egypte, lorsque Dieu endurcissait le cœur.
L’ange de Dieu n’est autre que la manifestation visible de Dieu, car Dieu ne peut laisser voir sa face ; ainsi, le songe de Jacob, où Dieu renouvelle la promesse faite à Abraham. Les anges peuvent avoir, soit une mission favorable, tels ceux qui protègent, ou qui intercèdent, ou encore assistent les prophètes ; soit une mission funeste, tel l’exterminateur des premiers-nés d’Egypte, ou l’agent de l’ultime justice divine. Il y a même un ange pour transporter un prophète par les cheveux jusqu’à son lieu de mission !
A l’approche de l’ère chrétienne, les traditions juives ont multiplié les anges, parfois en les introduisant dans les récits bibliques, pour préserver la transcendance de Dieu : Moïse reçoit la Loi par le ministère des anges (Galates 3,19), son corps a été emporté par les anges (Actes 7,38). Paul n’aime guère qu’on les vénère (Ephésiens 1,21 ; Colossiens 1,16). des anges se rattachent à l’affirmation de la résurrection (Matthieu 22,29-30, Actes 23,9).
Jésus ne s’écarte pas de ces traditions : il a une intimité avec des anges (Matthieu 4,11 ; Luc 22,43). il affirme qu’ils voient la face du Père (Matthieu 18,1) et s’unissent à sa joie lorsqu’un pécheur se convertit (Luc 15,10). Ils ignorent le jour du jugement (Matthieu 24,31-36), mais en seront les exécuteurs (Matthieu 13,39-49) en compagnie du Fils de l’homme (Matthieu 25,31 ; Jean 1,51 ; Genèse 28,10).
