Siracide 10, 6-18
L’orgueilleux
Père Etienne Nodet
L’Odyssée de la Bible, p. 654s
A la racine de tout orgueil est la faute d’Adam et Eve, séduits par la tentation d’être des dieux, maîtres de leur propre vie. L’orgueilleux, dominé par ce qui sort de son cœur, pèche effrontément, et se moque de ce qui vient de Dieu. C’est l’opposé de l’humilité de Jésus, qui par sa liberté totale s’identifie entièrement comme Fils de Dieu, et ensuite offre cette liberté à quiconque accepte son Esprit.
L’orgueil revêt divers aspects. Le vaniteux recherche les honneurs, jalouse les autres, comme Caïn ; il étale son luxe, écrase les pauvres, se montre arrogant ; il est odieux ou ridicule. L’orgueilleux refuse les réprimandes, méprise l’humilité ; comme l’impie, il s’acharne contre le juste, car sa présence le dénonce ; il ne supporte pas la Loi. Pourtant son exemple peut être contagieux, car sa liberté affichée et les rêves qu’il suscite sont séduisants. Depuis l’épisode de la tour de Babel, l’orgueilleux est celui qui cherche à se construire lui-même ; il s’attache forcément à l’argent ; il éprouve le besoin de se voir meilleur que les autres, comme le pharisien de la parabole. En fait, il est dangereux de se complaire dans sa propre sagesse, car cela conduit à l’idolâtrie, comme Salomon. L’humble connaît sa fragilité et lutte contre l’orgueil par la prière.
L’orgueilleux est en fait aveugle et finalement superficiel ; il ne peut trouver la sagesse qui l’appelle à la conversion ; il ne sait plus écouter. Comme il rejette Dieu, Dieu le rejette. Même la fidélité à Dieu peut être une source d’orgueil, et les faiblesses restent nécessaires, car nul ne peut voler la gloire de Dieu. L’élévation de l’orgueilleux n’est qu’un prélude à sa ruine, alors que l’humble a de l’avenir.
Par sa mort et sa résurrection, Jésus a annoncé la fin du pouvoir de Satan, de l’antique serpent qui séduit le monde entier. Il était né dans d’humbles conditions, et avait surmonté la tentation du pouvoir. Son intimité avec le Père le prévenait de tout orgueil.
