Siracide 26, 1-4+9-18

L’art d’être heureux

 Pères H. Duesberg et Irénée Fransen

Les scribes inspirés, p. 605s

Pour instruire ses lecteurs et les former à l’art d’être heureux, le Siracide recourt à l’expérience, et voici qui fait le charme ingénu de ses réflexions : à la sienne propre. Le monde qu’il décrit est celui qu’il a vu ; il relève ses aphorismes d’une pointe d’expérience personnelle.

La vie privée d’abord avec son confort et ses ennuis. Comment se conduire chez soi ? Notre sage évidemment ne s’adresse qu’à des hommes, et de condition, et que le mariage attend. C’est la grande affaire pour un jeune homme et Ben Sira décrit ainsi le bonheur du bien marié : Chacun prend femme ; la beauté de la femme éclaire son visage, elle surpasse tout autre plaisir des yeux. Qui prend femme acquiert le meilleur des butins, une aide qui le sert, une colonne où il s’appuie. Faute de femme, un homme est errant et vagabond… A-t-on jamais dit plus gentiment les joies du mariage ?

Le morceau rentre dans une dissertation plus vaste sur l’art de discerner, et ces conseils sur le choix d’une épouse n’en sont qu’une application, mais combien judicieuse ! On remarquera le thème de la beauté féminine fréquent dans l’Ecriture. Quant aux garanties de bonheur que la femme apporte avec elle au foyer, c’est la doctrine commune des Juifs : Qui n’a pas de femme reste sans bonheur, sans aide, sans joie et sans bénédiction, ni expiation. 

Aussi parmi les trois choses qui plaisent à son âme, cite-t-il : l’accord entre mari et femme ; dans son Décalogue du bonheur, il inscrit : Vivre avec une femme raisonnable. Grâce et beauté, mains jointes à la science qui est l’art de se taire, d’un silence féminin fait de pudeur. Une femme retenue en ses démarches est l’idéal de Ben Sira qui se réserve, en bon mari, d’apprécier seul le charme de son commerce. En revanche, il la prisera très haut : Ne méprise pas une femme raisonnable ; gracieuse, elle surpasse les perles.

Oui !, mais à condition de n’abdiquer jamais ni son autorité, ni sa prudence. Tout le morceau s’inspire des lois de la respectabilité bourgeoise et du sens familial cher aux sages égyptiens et au livre des Proverbes.