Apocalypse 5,1-14 ou 7,1-17

La Justice et la paix

Dom Jacques Dupont

Introduction aux Béatitudes, p. 105s

     Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice. Pour nous, aujourd’hui, ce mot est surtout chargé de résonances sociales. Ces résonances ne sont nullement absentes de l’emploi qu’on en fait dans la Bible ; mais elles y sont intégrées dans un ensemble plus large, elles y ont, si l’on veut, une troisième dimension qui donne au terme une dimension essentiellement religieuse. Si la justice implique tous les devoirs qu’on a envers le prochain, elle n’en est pas moins définie par rapport à Dieu, à la volonté et aux droits du Dieu de l’Alliance. Matthieu a introduit le terme sept fois dans son évangile, très conscient du fait que, loin de renier l’idéal de justice que poursuivait le judaïsme, le christianisme entend l’élargir et l’approfondir : Si votre justice n’est pas plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux (5,20). Jésus lui-même donne l’exemple en demandant à Jean de le baptiser : C’est ainsi qu’il convient que nous accomplissions toute justice (3,15). La vie chrétienne sera une recherche de la justice (6,33), le chrétien est un homme assoiffé de justice (5,6). S’il doit subir la persécution, que ce soit en raison de sa fidélité à un idéal de justice (5,10), qui est aussi un idéal de perfection (5,48). Le message évangélique s’incarne dans la vie du croyant et devient ainsi justice.

Quant à la mention des artisans de paix, elle évoque une bonne œuvre pour laquelle le judaïsme avait une estime exceptionnelle. On s’était rendu compte que, parmi les gens en difficulté qu’il faut aider, les moins malheureux ne sont peut-être pas les époux ou les amis qui se disputent. Travailler à les réconcilier, s’employer à ramener la paix entre eux, c’est un des plus beaux services qu’on peut rendre à son prochain. Prises ensemble ces béatitudes recommandent donc deux formes concrètes de l’amour du prochain. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’on les trouve précisément chez Matthieu, cet évangéliste que insiste plus que les deux autres synoptiques sur le devoir fondamental de l’amour du prochain. Cette préoccupation lui aura fait prendre conscience que la liste des béatitudes resterait incomplète si elle ne mentionnait pas la pratique de la charité fraternelle, véritable trait distinctif du disciple du Christ.