Sagesse 5, 1-23
Le bilan des impies
Père Daniel Doré
Le livre de la Sagesse de Salomon, CE 113, p. 25s
L’auteur du livre de la Sagesse redonne la parole aux impies ; leur discours est introduit par trois versets qui opposent leur terreur à l’assurance du juste. Du coup, ils reconnaissent sa victoire : le défi de sa confiance en Dieu est relevé, il partage désormais la vie des fils de Dieu, des élus introduits dans l’intimité du Père. La double interrogation qui suit n’attend pas de réponse. Les cinq comparaisons des versets suivants, prises sur terre, sur mer et dans l’air, essaient d’exprimer, avec une réelle beauté poétique, la brièveté de l’existence des humains, la rapidité de leur passage sur la terre.
Le bilan des impies reprend les divers éléments du chapitre 2 selon les parallèles suivants : la mort ignominieuse du juste, le juste est fils de Dieu, le comportement des impies et la faillite de leur projet, la conception de la vie des impies et ses conséquences.
Dans la reprise du chapitre 2, le texte lu en ce jour ne s’oppose pas seulement aux thèmes communs des divers courants de la philosophie gréco-romaine, mais également à des affirmations plus spécifiques de la littérature sapientiale israélite de Job et de Qohélet. Il importe aussi de relever le changement radical de situation entre le chapitre 2 et celui lu aujourd’hui : en 2, la vie est au présent, les impies réfléchissent sur cette vie au présent et envisagent la mort comme une réalité future. En Sagesse 5, la mort des impies est une réalité désormais présente, et toute la réflexion semble avoir l’au-delà pour cadre. Après avoir donné la parole aux impies, l’auteur livre ses propres réflexions : c’est le Seigneur qui est le sujet principal de cet ultime discours composé de quatre strophes. Dans la première, le sort de l’impie est opposé à celui des justes ; la deuxième strophe décrit l’armure et l’équipement de combat du Seigneur ; la troisième détaille ce qui était dit de la création, les catastrophes naturelles sont considérées comme manifestations du combat de Dieu, la création toute entière est au service de Dieu dans son châtiment des impies ; la quatrième strophe est une savante transition : les impies persécuteurs du juste deviennent maintenant une catégorie universelle, la terre entière est le théâtre de l’injustice.
