Actes 21, 1-26

Paul à Jérusalem

Père Simon Légasse, Paul et l’universalisme chrétien

 Dans Jean Marie Mayeur, Histoire du Christianisme, tome I, p. 141s

La période qui s’étend entre l’arrivée de Paul à Jérusalem et son arrestation nous est présentée dans les Actes de façon à ne pas nuire au programme que l’auteur s’est fixé : tout faire et tout éviter pour que le lien entre Paul et la communauté de Jérusalem ne soit pas rompu dans l’esprit du lecteur.

Pierre n’est plus à Jérusalem et la communauté est alors présidée par le seul Jacques, assisté par un conseil d’anciens. Chez Jacques, Paul rencontre des anciens et l’on parle de son activité missionnaire. On parle aussi sans doute d’embarrassantes rumeurs circulant parmi les Judéo-chrétiens de Jérusalem : Paul aurait poussé les Juifs de la Diaspora à abandonner la circoncision et leurs coutumes ancestrales. L’auteur des Actes tient cette accusation pour fausse, et elle l’est. Mais ce n’était pas manquer de flair que d’estimer que la pratique de Paul et sa théologie, en détachant totalement le salut de la Loi de Moïse, incitait indirectement les Judéo-chrétiens à ne pas circoncire leurs enfants et à négliger les autres observances légales. Une réputation d’anti-légalisme précède Paul, les membres les plus stricts de la communauté n’étaient pas enclins à accepter un don de sa part. Or ce don avait été recueilli à la demande Jacques et de ses collègues d’alors. Comment faire en sorte qu’il soit, d’une façon ou d’une autre, reçu de la communauté ? Les Actes, dans un récit assez confus, nous permettent peut-être de répondre. Pour qu’il se réhabilite aux yeux de la communauté, on suggère à Paul d’accomplir une démarche rituelle comprenant d’une part la purification qui s’imposait à tout Juif venant de l’étranger à Jérusalem, d’autre part l’acquittement de la redevance et des sacrifices en faveur de deux « nazirs » au terme de leur vœu. La collecte a-t-elle servi à financer cette dernière démarche, au demeurant fort coûteuse, permettant ainsi à Jacques de ne pas perdre la face, tant aux yeux de Paul qu’à ses propres yeux ? On peut le supposer, car il faut, de toute façon, attribuer à la collecte un sort à propos duquel les textes restent totalement muets. Paul n’aura pas  achevé les sept jours de sa purification que s’accomplira ce qu’il redoutait, un début de lynchage suivie de son arrestation par les troupes romaines.