Ephésiens 4, 1-24

Jésus se soustrait aux regards de ses Apôtres

Cardinal Carlo Maria Martini

L’Ascension de Jésus, AS 28, p. 9s

En décrivant l’Ascension, Luc semble mettre plus d’accent sur la manière dont Jésus se sépare définitivement des siens, que sur la glorification du Seigneur. En effet, il n’emploie ici aucun des termes qui, dans les Actes et dans le reste du Nouveau Testament, évoquent l’exaltation glorieuse de Jésus. En revanche, il souligne ce qui marque l’éloignement local : Jésus s’élève vers le ciel, hors de la vue de ses Apôtres et hors de ce monde, comme un voyageur qui part pour un pays lointain. Jésus ne s’éloigne ainsi de ses Apôtres que lorsqu’il a fini de parler et tandis que ceux-ci le suivent du regard. Ils demeurèrent donc près de lui jusqu’au moment de la séparation. On peut cependant voir une allusion discrète à la glorification de Jésus dans la mention de la nuée qui accompagne ordinairement les théophanies dans le Nouveau Testament. Toutefois, la nuée, ici, a plutôt comme fonction de soustraire définitivement Jésus aux regards de ses Apôtres. Voilà donc révolu le temps de la présence physique de Jésus au milieu des siens, et ouverte une ère nouvelle dans l’histoire du salut !

Le temps n’est toutefois pas encore advenu de la manifestation glorieuse du Royaume. Ce que Jésus avait affirmé à ce propos, les deux hommes vêtus de blanc le disent à leur tour. Dans doute leur présence entoure-t-elle de gloire l’événement de ce jour, au même titre que, le matin de Pâques, l’apparition des deux hommes en habits éblouissants qui, près du tombeau, annoncèrent aux femmes la résurrection du Seigneur. Cependant, leur message vise moins ici à célébrer la gloire de Jésus qu’à donner un avertissement à l’Eglise : il est inutile de spéculer sur des signes du ciel qui révéleraient le retour imminent de Jésus. Les Apôtres ne doivent pas douter que Jésus reviendra de la même manière qu’ils l’ont vu s’en aller vers le ciel, c’est-à-dire aussi clairement et avec des signes de puissance dont sa montée au ciel contenait le germe.