Jean 17, 1b – 11a

Le Fils instruit ceux qui lui sont donnés par le Père

Jacques-Bénigne Bossuet

Méditations sur l’Evangile, La Cène, p. 1218s

Dieu commence par former l’Eglise : le Père choisit ceux qu’il donne à son Fils dans cette secrète communication qui est entre eux. Ceux qu’il choisit ainsi, il les rend siens par son choix, ils sont à lui. Mais ils sont aussi à son Fils, parce qu’il les lui donne, et le Fils les reçoit de sa main, et il leur fait connaître le nom de Dieu. Voilà la prédication de Jésus-Christ qui est le fondement extérieur de cette Eglise qu’il venait de former. Que cette grâce de la prédication soit pour le peuple, qu’elle regarde principalement les apôtres établis pour en être les docteurs. Le Fils les instruit en particulier, il leur apprend le nom de son Père, ce nom de Père qui envoie son Fils, et l’envoie par un pur amour, pour être le Sauveur du monde Voilà la prédication de Jésus-Christ.

Si sa prédication était purement extérieure, les apôtres ne lui auraient pas dit : Seigneur, augmente en nous la foi. Par cette prière, ils ne voulaient pas lui dire : Prêche-nous ; car ils voyaient bien qu’il le faisait et ne cessait de les instruire. Ils lui demandaient qu’il leur parlât au-dedans pour leur augmenter leur foi : et quand ils lui en demandaient l’accroissement, ce n’était pas qu’ils crussent en avoir eu le commencement par eux-mêmes, mais ils demandaient le progrès à celui de qui ils tenaient le commencement. Les apôtres n’arrêtaient pas de lui dire : Nous croyons, Seigneur, augmente en nous la foi. Jésus-Christ était connu comme celui qui agissait, qui parlait au-dedans et au-dehors, car il était la parole intérieure du Père ; et quand il s’était revêtu de notre nature pour exercer au-dehors le ministère de la parole, il n’avait pas perdu pour cela cette qualité de parole intérieure qui demeurait dans le sein du Père, mais qui aussi s’insinuait dans tous les cœurs, en illuminant tout homme qui vient au monde.

Combien donc dois-je être attentif, et au-dedans et au-dehors, à la prédication, à la lecture de l’Evangile. Et combien dois-je prêter l’oreille du cœur à cette douce insinuation de la vérité qui se fait entendre sans bruit, sans articuler des paroles qui se suivent les unes les autres, et n’ont de sens qu’à la fin.