Actes 27, 1-20
| La formation de l’homme terrestre, la conception de l’homme céleste |
Rupert de Deutz
Les Oeuvres du Saint-Esprit, tome I, SC 131, p. 91s
Faisons l’homme, dit le Père, à l’image et à notre ressemblance. C’est manifestement la Trinité qui parle lorsqu’elle dit : Faisons. Cependant l’œuvre propre du Père était de faire, l’œuvre propre du Fils de racheter, l’œuvre propre du Saint-Esprit d’illuminer et de conduire l’homme à la ressemblance de Dieu. Donc Faisons l’homme. Il dit et aussitôt il fait l’homme. Cependant, la suite du récit n’indique pas qu’il ait fait l’homme exactement comme il se l’était proposé lorsqu’il disait : Faisons l’homme à l’image et à notre ressemblance. L’Ecriture dit : Et Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Elle ne dit pas : Et Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance, mais seulement : Il le créa à son image, il le créa à l’image de Dieu. Le récit de l’Ecriture n’indique donc pas que l’homme ait été fait en tout point tel que Dieu s’était d’abord proposé de le faire !
Réserve juste et prophétique, car pour cette fois, en ce temps-là, l’homme n’atteignit pas cette perfection, il fut fait à l’image de Dieu puisqu’il fut fait raisonnable. Il ne parvint pas jusqu’à la ressemblance de Dieu puisqu’il n’imita pas la bonté de Dieu. Cependant, le vice de l’homme qui l’entraîna bien loin de la ressemblance de Dieu devait-il rendre vains le conseil de Dieu et son ancien dessein ? Fidèle à ce dessein, voici que ce Saint-Esprit vint faire sa part de l’œuvre, il vint parfaire la création de l’homme pour le conduire jusqu’à la ressemblance de Dieu ; car l’homme n’y parvient pas sans la participation du Saint-Esprit. Elle vint, dis-je, cette ressemblance même, l’image du Dieu invisible vint aussi, et elle se rencontrèrent en cette bienheureuse Vierge, elles s’embrassèrent dans cette demeure que leur offrait un cœur pur. Car l’image de Dieu, comme le dit l’apôtre, est le Fils de Dieu lui-même, et la ressemblance de l’un et de l’autre est cet unique Esprit du Père et du Fils.
En la Bienheureuse Vierge Marie se rencontrèrent la ressemblance et l’image du Dieu invisible : Miséricorde et Vérité, comme nous le chantons dans le psaume, vinrent au-devant l’une de l’autre ; Justice et Paix se sont embrassées. Vérité et Justice sont en effet, suivant l’autorité de l’Ecriture, les vrais noms de l’Image, c’est-à-dire du Fils de Dieu ; Miséricorde et Paix sont les mots de gratitude désignant la Ressemblance, c’est-à-dire l’Esprit de Dieu. Ce qui nous fait affirmer que le seul et même Fils de Dieu, selon la chair, s’est levé de la terre, mais, selon sa divinité, il a d’abord regardé du haut du ciel.
