Romains 8, 5-27
| La venue de l’Esprit-Saint sur les apôtres sous l’apparence du feu |
Rupert de Deutz
Les Oeuvres du Saint-Esprit, Tome II, SC 165, p. 147s
Exalté par la droite de Dieu, ayant reçu du Père la promesse de l’Esprit, Dieu a répand son Esprit : vous le voyez et l’entendez (Actes 2,33). Où le voyons-nous ? Où l’entendons-nous ? Vous le voyez dans les langues de feu, vous l’entendez dans nos paroles. Le Seigneur Jésus, qu’a-t-il répandu, sinon l’Esprit-Saint ? Comme homme, il l’a reçu ; comme Dieu, il l’a répandu. Au Cénacle, les disciples ne purent pas voir sa substance, invisible par nature ; mais ils virent le feu, comme des langues éparses se poser sur chacun des Apôtres ; c’était tout ce que pouvaient voir des yeux humains !
Le feu fut un signe ; les langues éparses furent un signe ; bien davantage, le son de toutes les langues dans la bouche des Apôtres fut un signe. Mais le bruit qui, tout à coup, se fit entendre du ciel, comme un souffle de grand vent, fut un signe. Signe de quoi ? De cet autre bruit qui devait se répandre par toute la terre lorsque ces cieux qu’il venait maintenant de confirmer raconteraient la gloire de Dieu, et que le firmament de leur foi inébranlable annoncerait l’œuvre de ses mains avec le grandiose tonnerre du Verbe et les éclairs des miracles. Car il devait bientôt se faire qu’à la voix de l’Esprit, entonnant par la bouche des Apôtres l’annonce du Christ, la terre s’ébranlerait pour la pénitence et tremblerait les fondements des montagnes, c’est-à-dire les cœurs des superbes seraient troublés parce qu’il est irrité contre eux, à moins qu’ils ne fassent pénitence. L’apparence du feu fut surtout un signe en ce sens que la substance du feu est ardente et lumineuse. Ces propriétés signifiaient que l’Esprit-Saint rend les Apôtres du Christ ardents par le zèle et lumineux par l’intelligence. Quant à la division de ces sortes de langues, elle signifiait la distribution des grâces. L’effet de ce signe était là, présent ; c’est pourquoi tous s’étonnaient : Ils sont pourtant Galiléens, disaient-ils, et cependant chacun de nous les a entendus annoncer dans sa langue maternelle les merveilles de Dieu.
Il y a encore quelque chose de grand qui était annoncé par ce prodige : à savoir que l’Eglise parlerait les langues de toutes les nations, que la foi du Christ s’étendrait à toutes les nations, que toute langue confesserait celui à qui d’abord un seul peuple rendait hommage, car jusque-là Dieu était connu chez les Juifs, seulement.
