Matthieu  10, 26-33

« N’ayez aucune crainte ! »

Père Wolfgang Trilling

Confession sans crainte, AS 43, p. 22s

Un fil conducteur parcourt le petit texte évangélique de ce jour : c’est l’invitation à ne pas craindre. Cette exhortation constitue l’idée maîtresse à laquelle se rattachent successivement différents motifs.

En premier lieu, il ne faut pas craindre, parce que le grand message du Royaume de Dieu va se manifester. Ce qui reste maintenant caché dans les ténèbres sera dit au grand jour et dévoilé publiquement. Ce qui ne peut qu’être murmuré maintenant dans le creux de l’oreille, à cause des dangers extérieurs, on le proclamera sur les toits. Il s’agit de la parole de Jésus, de son message. Ainsi se réalise une loi générale, exprimée par le proverbe : Rien ne se trouve voilé qui ne doive être dévoilé, rien de caché qui ne doive être connu.

Le premier motif de l’invitation à laisser de côté la crainte est la confiance joyeuse en l’œuvre de Dieu qu’accomplit Jésus et qu’apporte sa parole. Le disciple ne doit pas perdre courage si le succès présent s’avère mince ou même nul ; de même que le soleil levant triomphe de la nuit, le message finira par percer.

Le second motif introduit l’idée que la vie authentique de l’homme demeure à l’abri de toute atteinte. Les hommes peuvent s’attaquer à la vie du corps, ils peuvent même l’étouffer, la détruire. Mais ils n’ont aucun pouvoir sur la vraie vie (corps et âme) qui échappe à toute attaque. Le couple antithétique, corps et âme, rappelle celui de l’Ancien Testament : vie et mort. La vie est l’existence véritable de l’homme, telle qu’elle se fonde en Dieu et s’achève en Lui. La mort au contraire est l’existence, semblable à celle d’une ombre, de l’homme déchu de sa relation et de sa proximité avec Dieu. La vraie vie, que Dieu assure définitivement, ne peut être ni diminuée ni enlevée par les hommes, pas même par la destruction de la vie du corps.

Cette vie est gardée par la crainte de Dieu. Notion centrale de l’Ancien Testament et du judaïsme, celle-ci implique en premier lieu que l’homme accepte sa condition de créature, sa dépendance à l’égard de son Créateur. Mais cette existence de créature ne trouve sa réalisation complète que par la Parole vivante de Dieu se révélant à son peuple. Celui qui entend Dieu se voit invité à répondre. Et la réponse qu’il donne est l’acceptation de son état de créature, de sa dépendance totale. Avoir la crainte de Dieu, c’est donner sa réponse de créature. Telle est la base de la confiance en Dieu.