Zacharie 8, 1-17 + 20-23
| Le salut chez les prophètes |
Père A. Barucq
La Bible, Histoire du salut, Lumière et Vie, n° 6, Octobre 1952, p. 37s
A travers les écrits prophétiques et les Psaumes, il nous est possible de suivre les cheminements de l’histoire du salut. Les prophètes ne sont pas des annalistes de la réalisation du plan divin, mais leurs réactions en soulignent les échecs et les victoires. Tout d’abord à travers leur parole se dessine leur propre physionomie. Un Amos, un Osée, un Isaïe, un Jérémie, un Ezéchiel, pour ne citer que des plus grandes figures de très gros plan, présentent excellemment des types de sauvés. De plus, ils reflètent l’idéal moral et religieux de toute une classe d’hommes qui indéfectiblement cherchaient et de fait trouvaient Dieu. Nulle part plus que dans les livres prophétiques n’apparaît l’affrontement de l’humanité esclave du péché et de celle que déjà atteint le salut.
Aux prises comme leurs contemporains avec les réalités de l’histoire, les prophètes ne se laissent pas submerger par elles, il les dominent et en dégagent le sens religieux. Au péché de l’homme, Dieu répond par le châtiment. Mais le malheur est aussi purification et le retour à Dieu amènera, après l’expiation, la réintégration dans l’amitié divine. La libération qu’annonce le message prophétique, c’est sans doute celle de l’ennemi, de l’assyrien pour Isaïe, de Babylone pour Habaquq et Jérémie, mais plus encore la libération des âmes, libération de l’idolâtrie, du goût du luxe, de la violence chez les puissants, du ritualisme, de la morgue hautaine et de l’appétit de lucre chez les prêtres, de la superstition et de la soif de jouissance à tous les étages de la société. Alors le salut sera le règne de la justice, de la religion pure, de la sainteté, de l’amour de Dieu, comme au jour des fiançailles, au matin de l’Alliance. Dieu alors répondra sur Israël et sur chaque âme sa miséricorde son pardon, sa grâce et son esprit. Ainsi sera rétablie, sur un plan supérieur, l’Alliance entre Dieu et les hommes.
Témoins de l’attente du salut de Dieu, les Prophètes furent de grands coryphées de l’espérance messianique. Insatisfaits, ils orchestrèrent les déceptions des meilleurs, orientèrent leurs regards vers un jour de Dieu où tout serait remis à neuf et par là donnèrent à l’économie du salut en devenir son orientation eschatologique. Le Nouveau Testament ne devait pas démentir leur sens des destins divins même après qu’eût été réalisée la Rédemption. Du même coup, la manifestation de la justice de Dieu n’était plus liée aux contingences de l’histoire et son attente devenait d’autant plus ferme qu’aucune déception n’en pouvait infirmer la certitude.
