Néhémie 9, 22-37
| « Car tu es un Dieu clément, tu es plein de tendresse » |
Daniel Bourguet
La tendresse de Dieu, p. 16s
Quelques vieillards allèrent chez Abba Poémen et lui demandèrent : A ton avis, quand nous voyons des frères s’assoupir à l’office, faut-il les secouer pour qu’ils soient éveillés durant la Vigile ? Il leur dit : Moi, quand je vois un frère s’assoupir, je mets sa tête sur mes genoux et je le fais reposer.
Voilà un texte qui révèle en Abba Poémen un homme d’une grande tendresse. Ce qui est ici relaté de lui est certainement très touchant ; on pourrait dire qu’il s’agit là d’une tendresse tout humaine et que cela ne concerne pas directement la tendresse de Dieu. C’est vrai, mais indirectement il y a tout de même quelque chose qui nous est transmis de la tendresse de Dieu. Ce qui le fait dire, c’est que ce texte rapporte le contenu d’une rencontre de vieillards, c’est-à-dire de responsables de petits groupes de moines. Ces vieillards, tout comme Abba Poémen, sont des pères spirituels, chargés en tant que tel de témoigner de ce qu’ils ont perçu de l’amour de Dieu le Père, auprès des frères qui vivent à leurs côtés. Cette rencontre de vieillards traite d’une question qui rejoint chacun d’eux dans sa préoccupation d’être un bon témoin de l’amour paternel de Dieu. Ainsi, la réponse d’Abba Poémen à la question des autres vieillards exprime plus que sa simple attitude humaine pleine de tendresse. Elle dit son attitude dans ce qu’il s’efforce, lui, en tant que père spirituel, de communiquer de ce qu’il vit lui-même de la tendresse du Père.
Que nous fait donc comprendre ici Abba Poémen sur la tendresse de Dieu ? Son geste de tendresse envers son frère endormi est accompli sans la moindre parole, et, heureusement, sans quoi il le réveillerait ! En agissant ainsi Abba Poémen veut se faire le témoin d’une tendresse de Dieu qui, elle, peut nous envelopper sans être accompagnée de la moindre parole, dans un total silence. Bienheureux Abba Poémen qui nous aide à découvrir quelque chose d’essentiel sur le silence de Dieu, à savoir que ce silence peut être plein de l’humble et pudique tendresse de Dieu à notre égard… Quelle merveille de savoir cela, à l’heure où nous ne percevons souvent du silence de Dieu que ce qu’il a de négatif ! Que cela nous rend alors attentifs dans notre vie, comme dans notre lecture de la Bible, au fait qu’il y a des silences de Dieu qui sont empreints d’une extrême tendresse.
Il est bon de noter aussi que dans ce texte sur Abba Poémen que le mot tendresse n’est pas utilisé. Le mot est absent, mais la tendresse est présente. Il en va de même pour Dieu de la Bible : le mot tendresse est rarement appliqué à Dieu, alors que sa tendresse est pourtant là, extrêmement présente, à travers les mots, entre mes mots, parfois même dans les silences du texte ! Tout cela nous montre à quel point il nous faut redoubler d’attention pour percevoir dans les Ecritures, ainsi que dans nos vies, ce qui est si discrètement présent.
