Matthieu 19, 27-29

Saint Benoît et la prière

Benoît XVI

Homélie du 9 avril 2009, p. 65s

Dans le deuxième livre des Dialogues, saint Grégoire le Grand nous montre la façon dont la vie de saint Benoît était plongée dans une atmosphère de prière, fondement central de son existence. Sans prière, l’expérience de Dieu n’existe pas. Mais la spiritualité de Benoît n’était pas une intériorité en dehors de la réalité. Dans la tourmente et la confusion de son temps, il vivait sous le regard de Dieu et ne perdit ainsi jamais de vue les devoirs de la vie quotidienne de l’homme et de ses besoins concrets. En voyant Dieu, il comprit la réalité de l’homme et sa mission. Dans sa Règle, il qualifie la vie monastique d’école du service du Seigneur et il demande à ses moines de ne rien placer avant l’Œuvre de Dieu, c’est-à-dire l’Office divin ou la Liturgie des Heures. Il souligne cependant que la prière est, en premier lieu, un acte d’Ecoute, qui doit ensuite se traduire par l’action concrète. Le Seigneur attend que nous répondions chaque jour par les faits à ses saints enseignements, affirme-t-il. Ainsi la vie du moine devient une symbiose féconde entre action et contemplation, afin que Dieu soit glorifié en tout. L’engagement premier et incontournable du disciple de saint Benoît est la recherche sincère de Dieu sur la voie tracée par le Christ humble et obéissant, ne devant rien placer avant l’amour pour celui-ci, et c’est précisément ainsi, au service de l’autre, qu’il devient un homme du service et de la paix. Dans l’exercice de l’obéissance, mise en acte avec une foi animée par l’amour, le moine conquiert l’humilité, à laquelle la Règle consacre un chapitre entier. De cette manière, l’homme devient toujours plus conforme au Christ et atteint la véritable réalisation personnelle comme créature à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Benoît qualifie la Règle de Règle minimale tracée uniquement pour le début ; en réalité, celle-ci offre cependant des indications utiles, non seulement aux moines, mais également à tous ceux qui cherchent un guide sur leur chemin vers Dieu. En raison de sa mesure, de son humanité et de son sobre discernement entre ce qui est essentiel et secondaire dans la vie spirituelle, elle a pu conserver sa force illuminatrice jusqu’à aujourd’hui.