Job 28, 1-28

Les techniques humaines ne procurent pas la sagesse

Georgette Chéreau

Job ou le mystère de Dieu, Un chemin d’espérance, p. 162s

           L’auteur du texte se plaît à décrire l’activité humaine : en principe, elle est au service d’un mieux vivre de l’homme ; en fait, elle est souvent détournée de sa destination première quand le plus fort croit y trouver l’assurance qu’il se suffit à lui-même et que les plus faibles doivent accepter des besognes d’esclave. Elle n’est donc pas par elle-même sagesse.

            Le texte commence, de manière abrupte, par la description du travail de la mine, sans qu’on sache d’abord où il veut en venir. Pourtant le premier mot, traduit par oui, indique un lien à ce qui précède ; ni Job, ni ses amis ne sont parvenus à la sagesse et pourtant l’homme a reçu de Dieu une intelligence et une volonté qui lui permettent de découvrir les richesses de l’univers et de les ordonner à ses desseins. Les mineurs progressent dans les ténèbres en s’aidant de lampes, imitant Dieu qui sépare la lumière des ténèbres. Ils creusent des galeries dans un lieu dangereux, pour tirer ces richesses au jour, jusqu’à l’épuisement du gisement, poussés par une frénésie qui fait défier la mort.

            Au verset 4, le terme utilisé ici désigne l’étranger qui réside dans le pays. C’est lui qu’on emploie dans le dur travail des mines. La vallée creusée par ces ouvriers n’est plus fréquentée, elle est littéralement oubliée du pied ! Ce spectacle, devenu désert parce que banni par la société, est donc un spectacle de mort, qui contraste avec la destination première de la terre, qui est de donner à chacun de quoi se nourrir.

            La quête et l’utilisation des ressources de la terre sont un signe de la supériorité de l’homme sur l’ensemble du monde animal, manière de dire, pour l’auteur du texte, que l’homme pousse plus loin que l’animal son exploration et sa maîtrise du monde.

            L’habileté de l’homme à découvrir et à façonner des moyens, instrument ou règle, est précieuse, mais ne constitue pas en soi une sagesse. Si la technique est un outil efficace, elle n’est ni l’origine, ni la fin de l’activité humaine. Quand elle s’absolutise en faisant de son œuvre une idole, celle-ci se retourne en glaive dévastateur.