Job 31, 1-23 + 35-37

Tout faire avec et en Dieu

Beaudouin de Ford

Traité 1, Lectionnaire d’Ozon, p. 79

           Le Seigneur connait les pensées et les intentions de notre cœur : il les connait toutes telles qu’elles sont, il les connait toutes pour lui-même sans aucun doute, mais pour nous il ne nous fait connaître que celles qu’il nous permet de distinguer par la grâce du discernement. L’esprit qui est en l’homme ne connaît pas tout ce qui est dans l’homme ; son jugement, le consentement ou le non consentement qu’il donne à ses pensées n’est pas toujours exact. Il a beau mettre cela sous les yeux de son esprit : comme ses yeux sont obscurcis, il ne discerne pas avec finesse.

            Il arrive souvent, en effet, que la pensée personnelle, un autre homme ou le tentateur fassent passer dans l’esprit pour acte méritoire ce qui, aux yeux de Dieu, n’a pas en fait valeur de vertu. Il existe de faux semblants de vraie vertu, comme aussi bien de vice, qui trompent les yeux du cœur et font une impression si prestigieuse sur l’intelligence que, fréquemment, ils font prendre pour bon ce qui est mauvais, et inversement. Telle est la rançon due à notre misère, à notre ignorance, ce qui n’est pas un petit sujet de douleur, ni de crainte !

            On pense à ce mot de l’Ecriture : Il est des voies qui paraissent droites aux hommes, mais elles aboutissent à l’enfer. Pour éviter ce danger, saint Jean nous donne un avertissement : Eprouver les esprits pour voir s’ils sont de Dieu. Mais qui est capable d’éprouver les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, s’il n’a pas reçu de Dieu le don de discernement des esprits, qui permet d’examiner avec finesse les pensées spirituelles, les affections, les intentions, et de porter sur elles des jugements de valeur ? La discrétion est la mère des vertus ; elle est nécessaire à chaque individu, soit pour régler la vie des autres, soit pour se diriger, se corriger soi-même. Il faut tout faire à la lumière du discernement, devant Dieu aussi bien qu’en Dieu.