Joël 3,1 – 4,8

« Quiconque invoquera me Nom de Dieu sera sauvé »

Père Albert Marie Besnard

Le Mystère du Nom, p. 137s

            Ce n’est en aucune façon par quelque vertu magique du Nom de Dieu que son invocation, au jour suprême, donnera le salut. Il y faut une conversion totale du cœur. Le cœur converti ne peut que s’en remettre à la miséricorde de Dieu sans pouvoir élever sa voix autrement que pour une supplication.

            Ce qui est exigé de chacun, c’est qu’il change de cœur, qu’il s’agrège à cette portion du peuple de Dieu qui constitue depuis Sophonie les humbles de la terre, sorte d’anticipation du peuple messianique. Ces humbles ne doivent pas relâcher leur effort spirituel : loin de posséder déjà le salut de Dieu, ils l’attendent, ils le quêtent : Cherchez Dieu pendant qu’il se laisse trouver, invoquez-le tandis qu’il est proche (Isaïe 55,6).

            Si l’homme est seul dans son effort de conversion, il est incapable de l’entreprendre et d’y persévérer. Mais il ne fait, en s’y livrant, que répondre à un appel de Dieu. Le peuple sauvé est un peuple appelé, ayant fait siennes, par la foi, les promesses de Dieu, ayant persévéré dans son Alliance (Isaïe 56,4). C’est cette espérance qui constitue son courage, c’est dans la connaissance de Dieu qu’il puise sa force. Or, cette espérance de Dieu, Israël a découvert qu’elle est inaccessible à l’homme pécheur si elle ne lui est donnée d’en-haut. C’est pourquoi, à l’approche des derniers temps, l’Esprit de Dieu sera répandu sur le peuple saint, esprit qui est simultanément un esprit de connaissance de Dieu, selon Jérémie (31,34), et selon Ezéchiel (11,20 ; 36,27), un esprit d’obéissance aux commandements et aux lois de Dieu. Lui seul rendra l’homme capable d’invoquer le nom de Dieu comme il veut être invoqué. C’est pourquoi il est encore, selon un texte capital de Zacharie (12,10), un esprit de grâce et de supplication. En appliquant à cette motion intérieure de Dieu dans les cœurs un texte qu’Isaïe entendait premièrement d’une délivrance extérieure, le peuple des humbles qui se confie en Dieu pourra dire désormais : C’est grâce à toi, Seigneur, que nous invoquons ton nom (2,13). Quoi d’étonnant dès lors à ce que cette invocation procure le salut : elle en est déjà le gage et le signe ! Car Proche est Dieu de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent avec vérité : il accomplira le désir de ceux qui le craignent, il entendra leur cri et les sauvera (Ps 145,18-19).