Jonas 1,1 – 2,1 + 11

Dieu s’adresse à Jonas pour avertir les gens de Ninive

Père Alain Patin

Se laisser étonner par l’Ancien Testament, p. 7s

            Dès le début, l’humour est présent, ne fût-ce que dans le choix du nom de Jonas, car c’est le nom d’un prophète assez nationaliste, chantre du grand Israël au moment de sa plus importante extension. Alors ce prophète Joas exerça son ministère sous le règne de Jéroboam, fils de Joas : c’est lui qui recouvra le territoire d’Israël, depuis l’Entrée de Hamat jusqu’à la mer de la Araba, selon ce que Dieu avait dit par le ministère de son serviteur le prophète Jonas, fils d’Amittaï qui était de Gat-Hépher. Revenons à notre récit, voilà Jonas, le prophète de notre récit envoyé à contre-emploi, non pas pour glorifier son peuple, mais pour porter un message à Ninive, la grande ville païenne, à plus que mille kilomètres au Nord-Est, ville qui est menacée d’être rayée de la carte : mission impossible ? Ou, tout du moins, mission incompréhensible ! Par l’intermédiaire de Jonas, le peuple d’Israël est donc chargé de porter le message de Dieu aux autres nations, à des païens, et, en particulier, à leur pire ennemi ! D’où la réponse immédiatement négative de Jonas : il s’enfuit le plus loin possible, à Tarsis.

            D’emblée, on est dans l’inouï, le paradoxal : voilà que Dieu, au lieu de se soucier de son peuple Israël (on ne l’invoque même pas !), s’intéresse aux ennemis de son peuple, à ceux qui tentent de le faire disparaître. Devant une telle mission, Jonas ne répond pas : il cherche à aller loin de la face de Dieu, car Tarsis est décrite, selon Isaïe 66,19, comme un des lieux tellement perdue que la parole de Dieu n’y parvient pas. Là, Jonas sera tranquille : il n’y a pas de réseau là-bas, donc plus de communication possible. Mais le narrateur ménage le suspens : il ne dévoile pas le véritable motif qui pousse Jonas à fuir ainsi. On ne le saura qu’au dernier chapitre du livre, en 4,2 : Jonas ne voulait pas aller à Ninive, non parce qu’il avait peur d’annoncer le jugement de Dieu, mais parce qu’il craignait que Dieu renonce à son jugement.

            Ce côté inhabituel, scandaleux de l’histoire, aiguise la curiosité du lecteur et l’invite à se poser des questions : pourquoi cette incompréhension entre Dieu et son prophète : est-ce une habitude ? Dieu aurait-il du mal à trouver un porte-parole dans ce peuple qu’il a choisi ? Et ce peuple, aurait-il des difficultés à accepter la mission que Dieu veut lui choisir ?