Zacharie 9,1 – 10,2

Caractère apocalyptique ou pas ?

André Lacocque

Zacharue 9-14, dans Agée, Zacharie, Malachie, p. 136s

            Avec le retour d’exil, deux conceptions opposées se font jour parmi les rapatriés. Selon l’une, la Restauration annoncée par les prophètes de l’exil a effectivement commencée avec l’édit de Cyrus en 538 et le retour à Sion d’une partie des déportés. Or, comme l’on sait, la promesse prophétique comportait bien plus qu’un rapatriement des exilés : elle évoquait, bien au-delà d’un simple mouvement de population, un second Exode surpassant le premier en ce qu’il serait vraiment eschatologique, inaugurant la théocratie à Jérusalem. La proclamation de la Restauration impliquait donc une prise de position théologique et sociologique : l’ère messianique, l’ère de paix et de félicité était maintenant inaugurée. Certes, les circonstances politiques et économiques ne semblaient pas justifier un tel optimisme. Mais Agée et Zacharie avaient dénoncé l’obstacle qui empêchait la pleine réalisation du salut : le Temple restait à rebâtir. Telle était la vraie raison de la misère de tant de Juifs. Une fois le Temple rebâti, rien ne s’opposait plus à la proclamation de l’accomplissement prophétique. D’ailleurs, comme on peut s’y attendre, les circonstances n’étaient pas défavorables pour tout le monde à Jérusalem ! Certains s’accommodaient fort bien de l’occupation étrangère et en tiraient même un profit appréciable ; pour ceux là, habitants des maisons lambrissées (Aggée 1,3), il n’y avait aucun problème à s’adapter à l’ordre nouveau !

            Il était dans l’ordre des choses que cette classe sociale acquière toujours plus de puissance et fasse triompher ses vues. Au temps de Zacharie, nous le verrons, ce sera bientôt chose faite. Le culte du Temple étant réinstauré sur son modèle pré-exilique, on pouvait en conclure que plus rien désormais n’empêchait de proclamer l’avènement de la théocratie. D’autant plus que, dans une large mesure, ceux qui étaient revenus d’exil appartenaient au parti hiérocratique conduit par des prêtres sadocites. Ainsi selon Esdras, il n’y avait parmi eux que 74 Lévites contre quelques 4289 prêtres ! On remarque à propos de ces chiffres une opposition entre les visions d’Isaïe, pour qui il y aura discontinuité entre les structures de la Restauration et celles de la période pré-exilique, et les oracles d’Ezéchiel pour qui il y aura une continuité. Car l’année 587 connait deux interprétations divergentes, soit comme un jugement sur l’idéologie sadocite du Temple avec le second Isaïe, soit comme une condamnation des rites idolâtres qui s’étaient introduits dans le Temple, selon Ezéchiel.