Zacharie 12,9 – 13,9
| Le nouveau peuple |
Dom Gilles Gaide
Jérusalem, Voici ton Roi, p. 136s
La question qui se pose à propos de l’oracle que nous venons d’entendre est de savoir qui est le pasteur menacée d’être frappé par l’épée. Pour les auteurs chrétiens, la réponse ne fait pas de difficulté : il ne peut s’agir que du Christ, puisque lui-même s’est appliqué l’oracle quelque instant avant son arrestation (Matthieu 26,30-31).
Cette interprétation n’entraînait pas l’unanimité, puisque saint Jérôme fulminait contre les voix discordantes : Je m’étonne, écrivait-il, que certains tiennent pour une interprétation allégorique de cette prophétie, alors que l’évangéliste Matthieu l’a rapportée au Seigneur Sauveur dans sa Passion, après que les disciples se furent enfuis.
Au XVII° siècle, Dom Calmet écrivait encore : Qui est ce psateur, sinon Jésus-Christ qui s’est appliqué à lui-même cette prophétie ?
Le pasteur mort, les brebis se dispersent. L’image est belle. L’historien des rois l’avait employée à propos de la mort d’Achab (1 Rois 22,17) ; les prophètes Jérémie (10,21) et Ezéchiel (34,5) avaient aussi décrit l’exil comme le dispersion d’un troupeau, conséquence de l’incurie des mauvais pasteurs. Ici, c’est à la suite de la mort du bon pasteur que le troupeau se disperse.
C’est bien cette catastrophe qu’évoque aussi la proportion des deux tiers de la population retranchés, un tiers épargné. Il y a là une réminiscence de la célèbre action symbolique d’Ezéchiel (5,1-4) : celui-ci s’était coupé la barbe, avait brûlé un tiers des poils ; un autre tiers, il l’avait frappé avec une épée, quant au dernier tiers, il l’avait dispersé au vent. Toute cette mimique figurait et annonçait les massacres de 86 et la déportation à Babylone.
La purification accomplie par ce feu aura un aspect négatif et une aspect positif : elle sera renoncement à l’idolâtrie sous toutes ses formes et à tout ce qu’elle entraîne, mais elle sera aussi préparation à une nouvelle Alliance avec Dieu. Cette nouvelle Alliance ne sera pas seulement un constat juridique, mais un dialogue continuel, un échange de demandes et de dons ; ce sera surtout une reconnaissance quotidienne du choix et de l’attachement réciproque décidé une fois pour toutes.
