Qohèleth 11,7 – 12,14
Marie a pu voir Dieu
Guerric d’Igny
Sermons, Tome 2, Quatrième sermon pour l’Assomption, p. 467s
C’est après que son Fils fut remonté là où il était auparavant, que Marie, sa Mère, libérée de tout souci temporel et plus pleinement éclairée par l’Esprit-Saint qu’elle avait reçu en même temps que les autres apôtres, après en avoir déjà reçu les prémices d’une façon unique au moment de la conception virginale, eut la joie de prendre du loisir et de voir que Jésus est Dieu. Vision qui procure certes un bonheur ineffable et de souveraines délices à tous ceux qui aiment Jésus, mais, plus qu’à tous les autres, à celle qui a mis Jésus au monde. De même qu’à elle seule fut réservée la grâce d’être Mère de Dieu, de même, à un titre unique, elle est en droit de se glorifier de celui dont elle est devenue la Mère.
C’est la gloire absolument unique et incomparable de la Vierge Mère que de voir Dieu, Roi de toute la création, portant comme un diadème la chair dont elle l’a couronné, en sorte qu’elle confesse et adore Dieu en sa propre chair, et qu’elle voit en Dieu sa propre chair glorifiée. De ces contemplations, me semble-t-il, Marie se nourrissait en attendant le ciel ; elle avait choisi cette part qui est la meilleure et qui ne lui a pas été enlevée, mais lui a été donnée en sa perfection. En effet, n’ayant été ni négligente, ni paresseuse dans le travail de Marthe, elle n’a pas été privée du fruit qui est la part de Marie. Le travail est dans la vie active ; le fruit ou la récompense est dans la contemplation. Parce que son âme a travaillé, il verra et sera rassasié.
Je vous dis cela, mes frères, afin que si l’un de vous se sent pris du désir de cette meilleure part dont on fait l’éloge en Marie, il sache qu’elle est la récompense de cette autre qui n’est pas blâmée en Marthe, et qu’il ne sera pas juste de prétendre à la récompense avant de l’avoir méritée.
