Jean 1, 45-51
« Rabbi, tu es le Fils de Dieu »
Père Marie-Emile Boismard
Du baptême à Cana, p. 103s
Jésus a laissé entendre qu’il connaissait Nathanaël, son âme, son cœur, sans l’avoir vu. Ce dernier s’étonne alors et demande : D’où me connais-tu ? Jésus répond : Lorsque tu étais sous le figuier, avant que Philippe ne t’appelle, je t’ai vu. Il y a évidemment ici une allusion à un fait caché de la vie de Nathanaël, dont Dieu seul fut le témoin.
S’apercevant que Jésus a eu connaissance d’un fait connu de Dieu seul, il confesse aussitôt : Tu es le Fils de Dieu, le roi d’Israël. C’était une des caractéristiques des prophètes de connaître les secrets cachés. Dans l’évangile de Luc (7,39), le pharisien s’étonne que Jésus se laisse oindre par la pécheresse : Si cet homme était prophète, il saurait qui et quelle est la femme qui le touche. Quand Nathanaël avait entendu annoncer par Philippe : Celui dont il est parlé dans la Loi de Moïse, nous l’avons trouvé, il était demeuré septique, puisqu’un prophète ne pouvait venir de Nazareth. Mais il est obligé de se rendre à l’évidence lorsque Jésus fait acte de prophète ; il le reconnaît pour le Prophète par excellence, celui qu’avait annoncé Dieu à Moïse, le Messie.
Dans la confession de foi : Tu es le Fils de Dieu, il ne faut pas voir une affirmation de la divinité du Christ ; c’est un titre messianique, accolé à cet autre titre messianique : Roi d’Israël. L’union de ces deux titres est tiré du psaume 2, le psaume qui chante l’intronisation du Roi-Messie sur Israël : le Roi d’Israël est en même temps Fils de Dieu. Les premiers chrétiens virent la réalisation de cet oracle dans le fait de la Résurrection, qui consacra effectivement la Royauté de Jésus-Messie par son triomphe sur la mort et son exaltation à la droite de Dieu.
Nathanaël a reconnu en Jésus le Messie, mais cela est bien peu de chose en comparaison de ce qu’il pourra voir plus tard : Tu verras mieux encore. Et il dit : En vérité, en vérité, je te le dis, tu verras le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme. Cette prophétie du Christ est difficile et a donné lieu à des interprétations diverses. Tu verras plus grand encore…, vous verrez. Ce plus grand que Nathanaël et les autres verront, c’est la suite des miracles de Jésus. Le mouvement des anges, montant et descendant au-dessus du Fils de l’homme, doit être interprété en fonction de la puissance donnée au Christ d’accomplir des miracles.
