Matthieu 16, 21-27

Sauver ou trouver sa vie : la venue du Fils de l’Homme

Père Jean Radermakers

Au fil de l’évangile selon saint Matthieu, Tome 2, p. 220s

        La question de Jésus à ses disciples, Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ?, revêtait une importance cruciale, puisqu’elle concerne le destin de tout homme. Elle continuait de se poser aux disciples et aux communautés chrétiennes primitives avec une particulière acuité : comment vivre dans l’unité sa foi en Jésus de Nazareth, Messie et Fils du Dieu vivant ?

Jésus déclare à ses disciples qu’il s’agit, avec lui, de passer à travers la mort, Perdre sa vie, pour accéder à la résurrection, trouver sa vie. Et Matthieu souligne : à cause de moi. Il passe du terme sauver sa vie à celui de la trouver, car il faut découvrir ce que signifie correctement risquer sa vie sur Jésus-Christ. Ce geste n’est pas un acte d’orgueil héroïque ou de désespoir fataliste : il est celui d’une humilité profonde qui accepte de recevoir sa vie d’un Autre, par l’abandon de toute suffisance, ou de toute tentative de possession, à cause du Christ, qui seul peut constituer chacun dans la vraie vie. Le destin de l’homme ne se dévoilera-t-il pas en face du Père, et l’agir de chacun ne prend-il pas sa vraie dimension dans son rapport à Jésus lors du jugement dernier ?

Mais la vie de tout homme n’est pas seulement une question d’avenir. Elle se vit déjà ici : la réalité présente est déjà tout entière eschatologique en ce sens que tout acte a une portée décisive pour le Royaume. Mais c’est dans la succession historique des engagements de chacun que se réalise la venue du Fils de l’Homme. Dès lors, adhérer au Christ, c’est être assuré de ne pas goûter la mort : celui en effet qui perçoit, avec Pierre, l’unité profonde du mystère de Jésus de Nazareth se découvre déjà être assumé par le Fils de l’Homme souffrant et glorieux, et ainsi définitivement promis à partager sa vie.

Il suffit au disciple-serviteur d’être comme son Maître-Seigneur : se renier soi-même, lever sa croix et suivre sont les éléments constitutifs de l’existence du disciple. Ce qui était exigé de Pierre est demandé à tous : consentir au dessein sauveur de Dieu tel qu’il est, tel qu’il se manifeste en la vie de Jésus, et donc accepter que le Père soit infiniment autre que ce que la chair et le sang peuvent s’imaginer et concevoir. Le dernier verset est ponctué d’un En vérité, je vous le dis, expression qui n’était plus revenue depuis le discours en paraboles.

C’est donc la Passion et la Résurrection de Jésus qui forme la trame de tout ce chapitre : depuis le signe de Jonas jusqu’à la venue définitive du Fils de l’Homme, la communauté des disciples se trouve invitée à faire option, à s’engager à la suite du Christ. Qu’est-ce que les hommes disent du Fils de l’Homme et comment le voient-ils ?