Matthieu 1, 1-16 + 18-23
Marie, fiancée à Joseph
Saint Bernard de Clairvaux
A la louange de la Vierge Mère, SC 390, p. 153s
L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu à une Vierge fiancée à Joseph. Il dit : A une vierge fiancée. Pourquoi fiancée ? Puisqu’elle était, dis-je, la vierge choisie qui devait concevoir et enfanter, on peut s’étonner qu’elle soit fiancée, elle qui ne devait pas devenir épouse ! Qui pourrait prétendre que cela soit arrivé par hasard ; un motif raisonnable le recommande, un motif très utile et nécessaire, motif bien digne de ce que peut inventer la prudence de Dieu en son dessein. Je dirai ce qu’il m’en semble, ou plutôt ce qui en a semblé aux Pères avant moi.
C’est que la raison des fiançailles de Marie fut la même que celle du doute de Thomas. C’était en effet la coutume chez les Juifs que, depuis le jour des fiançailles jusqu’au moment du mariage, les fiancées soient confiées à la garde de leurs fiancés ; ainsi, ceux-ci veilleraient avec d’autant plus de soin sur leur chasteté que c’est pour eux-mêmes qu’ils les garderaient plus fidèles. Ainsi donc, comme Thomas, en doutant puis en touchant, est devenu le plus solide témoin de la Résurrection du Seigneur, de même Joseph, fiancé à Marie, veillant avec soin sur sa vie au temps où elle était à sa garde, est devenu le plus sûr témoin de sa chasteté. Quel bel accord entre ces deux faits le doute de Thomas et les fiançailles de Marie !
Le même piège d’erreur pouvait en effet nous être tendu pour mettre en doute la vérité de la foi chez Thomas et celle de la chasteté chez Marie. Mais avec beaucoup de sagesse et de douceur, c’est le contraire qui est arrivé, et ce qui aurait pu faire craindre le soupçon est devenu garantie de certitude. Car, moi qui suis faible, sur la résurrection du Fils je crois davantage Thomas qui a douté et touché, que Pierre qui a entendu, vu et cru. Et sur la continence de Marie, je crois plus facilement son fiancé qui l’avait en sa garde, que la Vierge elle-même qui n’a pour se défendre que le seul témoignage de sa conscience. Dis-moi, je te prie, qui donc, en voyant une jeune fille enceinte sans être fiancée, ne la prétendrait pas courtisane plutôt que vierge ? Or, il ne convenait pas qu’on puisse dire pareille chose de la Mère du Seigneur. Il était plus supportable et décent qu’on croie, pour un temps, le Christ né d’un mariage, plutôt que de la prostitution.
