Apocalypse 21,1-12 ou 1 Pierre 2,1-17

L’Oratoire du monastère

Daniel-Odon Hurel

Les Bénédictins, p. 893s

Une église monastique, c’est d’abord l’église d’une communauté religieuse. Elle n’est pas conçue pour accueillir prioritairement les laïcs. Quand une abbatiale dessert une paroisse, elle réserve généralement aux paroissiens soit une église particulière jouxtant la sienne, soit une partie de cette dernière, mais individualisée et souvent cloisonnée. C’est dans le chœur que le religieux prient en groupe ; c’est leur espace particulier, séparé du reste de l’édifice, non seulement du côté de la nef, mais aussi latéralement par des murs, des boiseries, des grilles ou de simples tentures. Dans tous les monastères,le plus grand effort de construction repose sur l’église.

L’oratoire (oratorium) apparaît dès l’origine, mais ce n’est qu’avec saint Colomban, au tournant des VI°-VII° siècles que l’oratoire monastique se pare du terme église (ecclesia), jusque là réservé aux églises paroissiales après avoir désigné seulement la cathédrale.

Dès le VI° siècle, des monastères ont deux oratoires. La plupart de ceux fondés au VII° siècle en ont trois ou quatre. Plus de la moitié des monastères ont un oratoire dédié à saint Pierre, ou aux deux apôtres Pierre et Paul, un dédié à sainte Marie. Un autre, souvent dédié à saint Paul, joue un rôle funéraire. Tous sont de dimensions modestes, entre 20 et 28 mètres de long. L’édifice principal, qui deviendra l’église abbatiale, est le plus souvent dédié à saint Pierre chez les moines, à Corbie, Ferrières, Jumièges, Saint-Maur-des-fossés, pour en citer quelques uns, et à Notre-Dame chez les moniales, à Argenteuil, Chelles, Faremoutiers, …

La tendance à la multiplication des sanctuaires ira en s’amplifiant jusqu’à l’époque carolingienne, avec parfois jusqu’à sept églises et oratoires, comme à Sainte-Croix-de-Poitiers, à Saint Wandrille. Avec trois basiliques et quatre oratoires, l’abbaye de Corbie juxtapose encore plus qu’elle n’organise les bâtiments qui comprennent également des réfectoires, des cuisines, des dortoirs, mais un seul chapitre !

La renaissance carolingienne, en privilégiant la monumentalité et la solennité liturgique, développera l’église principale et recherchera le raffinement du décor afin de concourir à chanter la gloire de Dieu.