Judith 13,4 – 14,3
La bénédiction de Judith
Père Jean Steinmann
Lecture de Judith, p. 112s
Donner la bénédiction est, dans l’Ancien Testament, un privilège des prêtres, et c’est à titre de prêtres de la famille ou prêtres de l’état que, cette bénédiction, les patriarches et les rois la donnaient. Ozias joue donc un rôle sacerdotal. Il est étrange qu’il appelle Judith fille. Est-ce l’expression de sa paternité patriarcale ou le souvenir qui regardait Judith non comme une veuve, mais comme une jeune fille ?
La bénédiction d’Ozias est faite au nom du Dieu Très-Haut. L’expression hébraïque El Elyon, qui remonte au plus lointain passé, jouit d’un regain de faveur aux temps hellénistiques. Dans le livre de Daniel, Nabucodonosor donne ce nom au Dieu des trois jeunes dans la fournaise.
Vraisemblablement, le second vers doit se traduire :
Béni soit le Seigneur Dieu, créateur du ciel et de la terre.
Ces formules sont évidemment d’origine liturgique. Toute bénédiction a pour but de fixer un destin. C’est ce que fait Ozias en promettant à Judith une éternelle renommée à cause de son intrépide espoir :
Jamais ton espoir ne s’effacera du cœur des hommes, lesquels se souviendront pour l’éternité de l’œuvre de Dieu.
Ozias répond ainsi directement à ses propres objections de naguère. Tandis qu’Achior restait fidèle à Dieu, lui, le vieillard, il a douté. Maintenant, convaincu de la force de la Providence, il reconnaît, un peu tard, que Judith avait raison :
Dieu veuille te récompenser d’une grandeur éternelle, et te combler de biens. Pour n’avoir pas ménagé ta vie lorsque nous étions humi liés, et pour avoir conjuré notre ruine en marchand droit devant Dieu. Qu’est-ce que cette grandeur éternelle ? S’agirait-il d’un euphémisme pour désigner la vie éternelle ? C’est fort possible. Mais l’auteur reste fidèle à son parti-pris d’archaïsme. Il n’affirmera rien qui ne soit conforme à la doctrine des vieux écrits. Le reste, il l’insinuera.
