Siracide 3,17 – 4,10
La couronne de fleurs et le rosaire
Philippe Malgouyres
Au fil des perles, la prière comptée, p. 30s
Le rosaire est une des couronnes de prières des plus intéressantes, la plus riche. Déjà au Moyen Age, l’abondante littérature mariale forme le pendant dévot de la poésie profane ; il n’est que de penser au Roman de la Rose où « l’amoureux pieux envoie au ciel son chapelet garni de prières par la secrétaire des cieux », laquelle n’est autre que la Vierge Marie.
La Vierge est elle-même une fleur : elle est la rose mystique des litanies de Lorette, Rosa vernans dans l’hymne. C’est sous cette forme que Béatrice la voit au Paradis dans la Divine Comédie : « Là est la rose en qui se fit chair le Verbe divin, là sont les lis dont le parfum met sur le bon chemin ». Sainte Gertrude donne dans ses révélations le texte d’un Ave Maria d’Or : « Je vous salue, ô Lis éclatant de blancheur, Lis de la radieuse et toujours immuable Trinité ! Je vous salue Rose brillante du jardin des célestes délices ! Ô vous de qui le Roi des cieux a voulu naître et dont il a voulu recevoir le lait virginal, secourez-moi, pauvre pécheur, maintenant et à l’heure de ma mort. Ainsi soit-il ».
La rose, ici, c’est la Vierge, mais c’est aussi la prière. Chaque prière est une fleur, une pétale : une série en fera une couronne. L’idée d’une couronne de prières, offerte comme un bouquet, est attribuée à Grégoire de Nazianze. Les deux idées vont de pair : rosarium désigne depuis longtemps aussi un ensemble de textes. D’ailleurs, le passage de la couronne de fleurs à la couronne de prières n’implique-t-il pas que celles-ci soient identiques et disposées selon un schéma régulier et répétitif ?
De nombreuses légendes mariales illustrent la prière-fleur reçue en couronne par Marie laquelle couronne à son tour le dévot. En voici une : un jeune homme avait la pieuse habitude de cueillir chaque jour des fleurs dont il tressait une couronne. Il allait ensuite l’offrir à une statue de la Vierge. Il décida par la suite d’entrer au monastère. Mais, peu de temps après, il éprouva un violent regret de sa vie précédente, car il ne pouvait plus offrir de fleurs à Marie et songea même à s’enfuir du monastère. La Vierge lui apparut alors, et lui expliqua qu’en récitant tel nombre d’Ave Maria chaque jour, il lui offrirait une couronne de fleurs qui ne se flétriraient jamais. Un jour qu’il était en prière, son supérieur le vit accompagné d’un ange. Celui-ci, au rythme de la prière du religieux, nouait des roses sur un fil d’or et en couronna le novice. Le supérieur l’interrogea sur ce spectacle, apprit le commandement de la Vierge et recommanda ensuite cette excellente dévotion.
