Matthieu 22, 15-21

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu »

Saint Augustin

Homélie sur le psaume 94, 2, Tome II, p. 274s

     Deux méchants dont les mœurs et la vie se ressemblent sont bien près l’un de l’autre, même s’ils vivent aux antipodes. Et deux justes aux antipodes vivent ensemble parce qu’ils sont l’un et l’autre en Dieu. A l’inverse, un juste et un méchant attachés par la même chaîne sont séparés par un abîme. En ce sens, la dissemblance nous éloigne de Dieu, la ressemblance nous mène à Lui. Quelle ressemblance ? Celle de notre création, déformée par notre péché, recouvrée quand Dieu nous pardonne : elle se renouvelle au fond de notre cœur quand se trouve en quelque sorte re-sculptée sur le denier de notre âme l’image de notre Dieu, et que nous sommes ainsi récupérés pour son trésor.

Car vous vous souvenez, frères, que le Seigneur voulut un jour, à partir d’une pièce de monnaie, montrer à ceux qui le tentaient l’exigence de Dieu ? Ces hommes eurent l’idée de consulter sur l’impôt le maître de vérité qu’ils cherchaient à discréditer, et ils lui demandèrent s’il était permis de payer le tribut à César. Que répondit-il ? Hypocrites, pourquoi sur me tendez-vous un piège ?, et il demanda qu’on lui apporte un denier, ce qui fut fait. De qui est l’image ? dit-il. Eux répondirent : De César. Et lui de conclure : Rendez donc à César ce qui est de César, et à Dieu ce qui est de Dieu. Autrement dit, César veut récupérer son image qui figure sur la monnaie. Comment Dieu ne voudrait-il pas retrouver la sienne imprimée dans l’homme ? Et c’est bien à cette ressemblance que notre Seigneur Jésus-Christ nous invite, lorsqu’il nous commande d’aimer nos ennemis ; car il prend alors exemple de Dieu : Soyez, dit-il, comme votre Père qui est dans les cieux : il fait lever son soleil sur les bons et les méchants, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait (Matthieu 5,45-48). 

Ces paroles : Soyez parfaits comme lui, nous invite bien à la ressemblance. Si Jésus nous y invite, c’est évidement parce que notre existence dans la dissemblance nous avait éloignés de Dieu. Eloignés par la dissemblance, la ressemblance nous rapproche, et déjà se réalise en nous la promesse de l’Ecriture : Approchez-vous de Lui, et vous serez illuminés ! (Psaume 34,6).