Siracide 35, 1-18

La justice

Père Etienne Nodet

L’Odyssée de la Bible, p. 527s

     La justice d’un homme est une vertu qui exprime sa conformité à une loi, ce qui lui vaut un droit devant un juge. La justice de Dieu est plus large : on la reconnaît à la manière dont il conduit l’histoire, ou dont il châtie dans sa colère, mais elle culmine en miséricorde, surtout lorsqu’elle est invoquée.

Les prophètes invitent à la justice et attendent un messie intègre ; ils dénoncent l’injustice chronique des juges qui est une faute contre Dieu ; l’innocent est un pauvre, victime de violence. Tout homme est pécheur, mais le juste est pieux, ami de Dieu. Il a la sagesse, source de tempérance, de prudence, de justice et de force. Il a un mérite, au sens où il est connu de Dieu, ce qui n’est guère différent de la vie éternelle ou du monde futur. Parfois le terme de justice désigne l’aumône ; dans ce cas, il ne s’agit pas d’impartialité, mais de la mise en pratique du droit du pauvre ; le juste est bon et philanthrope.

Jean Baptiste requiert de même une conduite juste. Jésus aussi ; cependant en dehors du double commandement de l’amour, il demande le règlement des querelles à l’amiable, et ne s’engage pas dans la justice humaine : il refuse d’arbitrer un litige d’argent et il échappe aux pièges politiques. Il s’attaque à l’hypocrisie et demande une fidélité sincère à la volonté de Dieu ; telle est la vraie justice. Dans l’Eglise primitive, qui n’est nullement un état, Paul recommande la justice et exige la soumission aux pouvoirs civils.Depuis Abraham, qui n’est nullement parfait, la justice résulte de la foi, comme abandon à Dieu et non d’une performance personnelle. La justice de Dieu inclut la miséricorde, laquelle n’est pas un dévoiement du droit. En effet, la miséricorde n’est accordée qu’aux humbles qui se reconnaissent pécheurs, car personne ne peut se glorifier devant Dieu. De même, Jésus annonce la justification des humbles, c’est-à-dire le pardon. Paul qui, en pharisien, a connu la justice provenant de la Loi ou des œuvres, en a expérimenté les limites. Il tranche, à l’occasion d’une crise à Antioche : la justification provient de la foi, don de l’Esprit. Ce don est le salut des captifs annoncé par les prophètes et qui résulte des promesses. Cette justice descend du ciel, car elle résulte du rachat des pécheurs par la Passion du Christ, signe suprême de l’amour. Telle est la justification : le Fils est devenu le premier-né d’une multitude de frères.