Au choix

La mort

Père Etienne Nodet

L’odyssée de la Bible, p. 609s

     Abraham, qui a eu la foi, qui a espéré contre toute espérance, est mort rassasié de jours. Lors de son débat avec les Sadducéens sur la résurrection, Jésus explique que Dieu, qui est le Dieu des vivants, est aussi Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, ou Dieu des Pères : en Dieu, la vie est donc plus que ce qu’on en voit. Lors de la crise maccabéenne, la foi des martyrs en plus forte que tout roi terrestre ; de plus, il y a lieu d’intercéder pour les Juifs morts dans l’idolâtrie (2 Maccabées 12,39-45). Il y a une solidarité du peuple : en particulier, la mort du Serviteur de Dieu, le juste qui expie pour les péchés des autres (Isaïe 53,8-12), a le sens et la valeur d’une intercession extrême, supérieure à celle du bouc émissaire du Jour de l’Expiation, le Kippour.

Sans l’Esprit, la Loi n’aboutit qu’à la mort, conclut Paul ; sans l’Esprit, la connaissance du salut est impossible (2 Corinthiens 2,14-16). En effet, les promesses de l’Ecriture sont inaccessibles à cause du péché. Mais Jésus, après avoir ressuscité des morts est lui-même entré dans une mort injuste pour en briser le pouvoir (Matthieu 27,52 ; 2 Timothée 1,10), comme dans un baptême dans des eaux infernales (Marc 10,38 ; Luc 12,50). Très humainement, il en a frémi, mais il est resté obéissant au Père jusqu’au bout (Marc 14,36 ; Philippiens 2,8), pour accomplir les Ecritures (Matthieu 26,54 : Jean 19,30). Mort, il est descendu au shéol ou aux enfers, mais, par sa résurrection, il en a ouvert les portes (Matthieu 27,52, Actes 2,24-31 ; 1 Pierre 3,19), ce qui reste la mission de l’Eglise (Matthieu 16,18). Par le baptême, le chrétien est inscrit dans le livre de vie de l’Agneau immolé (Apocalypse 21,27) : il est configuré dans la mort du Christ et ressuscite avec lui (Romains 6,3-13 ; Philippiens 3,10), mais cela se répète au quotidien, à travers l’échec, la faiblesse (2 Corinthiens 6,9), les risques (Philippiens 1,20). Paul déclare que mourir est un gain (Philippiens 1,21-23), car c’est l’union au Christ (2 Corinthiens 5,8). Le martyr glorifie Dieu (Jean 21,19), ou proclame la sainteté de son nom, selon l’expression juive (Actes 5,41). Le martyr est même devenu une béatitude : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, dès maintenant, oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent (Apocalypse 14,13).