Tobie 7,1+9-16 + 8,4-14

La délivrance dans la conversion

Père Jacques Goettmann

Le livre des conseils ou le miroir du juste, BVC 21, mars-mai 1958, p. 38s

Dans son cantique final, Tobit nous invite à nous convertir pour marcher dans les voies de Dieu et réaliser son dessein.

Pour la famille Tobie, pour le peuple d’Israël, pour nous, il s’agit de passer d’une religion où l’on se sert plus ou moins de Dieu à une religion où l’on sert le dessein de Dieu. Cette conversion demande une ouverture des yeux et du cœur, non plus à la mesure du besoin que nous avons de Dieu, mais à la mesure du besoin que Dieu veut avoir de nous, à la mesure de ses desseins sur nous, tellement plus élevés, plus profonds, plus larges que les nôtres.

Pour nous faire ainsi changer de plan, la parole de Dieu opère par les événements. Par eux, elle nous pose des questions et remet en question notre vie. Comme le Petit Prince de Saint Exupéry, le Seigneur ne répond jamais à nos fausses questions, mais ne cesse de nous interroger et de nous adresser son appel. La Bible est une mystérieuse interrogation, et non une provision de réponses toutes faites. Nos besoins sont trop égoïstes, nos demandes trop mal posées, pour que Dieu y réponde. Les exaucer serait nous rendre de mauvais services.

C’est à nous de rendre service à Dieu, à répondre à ses questions, à son appel, à obéir à sa volonté, à entrer dans son dessein, à imiter ses perfections, à nous pénétrer de son Esprit. C’est là notre réponse, notre responsabilité, notre vocation. Ses questions, ses volontés, ses appels, Dieu ne les fait pas entendre en l’air, mais sur terre, en chaque créature, en chaque événement, en chaque talent qu’il nous confie. Le livre de Tobie nous le montre à chaque pas, mais surtout il nous révèle comment Dieu ne renonce pas à ses questions, à son dessein, parce que l’homme l’a mal interprété, a cru y échapper, ou cesse d’y progresser. Le créateur qui tire tout du néant, veut tirer le bien du mal. Pour ramener l’homme à ses desseins, il remet sa vie en question par l’obstacle inattendu, l’épreuve.

Si l’homme se prête à cette douloureuse opération, il a la joie d’expérimenter en lui une métamorphose tellement profonde qu’elle va jusqu’à greffer sur lui les yeux, les mains, le cœur de Dieu. Alors les vues de Dieu éclairent son intelligence, sa volonté agit par ses mains, son amour anime son cœur. C’est l’épanouissement de la foi, de l’espérance, de la charité.