Siracide 6, 5-37

« Un ami fidèle est un baume de vie »

 Dom Benoît Standaert

L’Amitié dans la Bible, p. 73s

Notre secours est dans le Nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre (Psaume 124,8).

J’aime ce verset pour commencer une réflexion, car, d’abord, c’est un verset collectif puisqu’on y parle de nous, notre secours. Puis on confesse qu’on a besoin d’aide, notre secours. Nous sommes des pauvres. Notre secours est dans le Nom… Le Nom, c’est la part mystique de ce qui a été révélé du côté de Dieu. Le Nom du Seigneur, c’est le tétragramme, qui est par excellence le Nom révélé à Moïse, en Exode 3. Notre secours est dans le Nom du Seigneur, révélé au milieu de l’Histoire sainte. Qui a fait le ciel et la terre, on est tous intégré dans l’universel. Il a même fait ce livre, cet endroit où nous essayons de converser ensemble. Ce verset a la forme d’une confession, mais une confession collective qui englobe en outre le Particulier de ce qui est révélé dans l’Histoire et dans l’Universel : Le ciel et la terre, qui est l’œuvre du Créateur commun. C’est un tout petit verset de Sagesse, tiré d’un des Psaumes des montées, au cœur même du Psautier.

Le premier paragraphe du texte que nous avons entendu, les versets 5 à 17, ne commence pas par encenser l’amitié. Ce n’est pas du tout un éloge de l’amitié, mais plutôt une sérieuse mise en garde : si tu veux des amis, sois quand même sur tes gardes du début jusqu’à la fin. Mais on te souhaite d’en trouver un, il n’y a rien de comparable à cela, on met donc très haut la valeur de l’amitié ; cela implique qu’on ose l’éprouver. On entend dans cette page l’expérience des échecs de l’ami qui n’est pas fidèle, de celui qui dans son abaissement se tournera contre toi et évitera même ton regard. Alors, on reçoit la double maxime : Eloigne-toi de tes ennemis ; on pourrait croire : rapproche toi de tes amis, mais non ! Il est dit : Et garde-toi de tes amis. Il faut être vigilant d’un bout à l’autre : savoir créer une distance quant à l’ennemi, savoir créer un rapport sûr quant à l’ami. La finale est très belle, et c’est là qu’on voit de nouveau comment le champ de l’amitié et le champ de la Sagesse vont se rejoindre, cela se fait par la crainte de Dieu. La crainte du Seigneur va te permettre de trouver l’ami adéquat, les vrais amis. Or la crainte du Seigneur est la porte qui ouvre à la Sagesse, et donc on va trouver l’ami et  on va trouver la Sagesse en même temps, en cultivant la crainte du Seigneur.