Galates 2,11 – 3,14

Une même pensée au cœur d’un différent

Père Jean-Paul Lémonon

Les épîtres de Paul, II, Romains et Galates, p. 189s

 Un incident particulièrement révélateur de l’importance du débat pour l’avenir du christianisme se produisit à Antioche, troisième ville de l’Empire. En ce milieu cosmopolite vivaient des pagano- et des judéo-chrétiens. Pierre poussant à son terme la logique du salut par le seul Jésus-Christ, et tirant la conséquence de l’unité de Dieu, participe aux repas que prennent les pagano-chrétiens : il manifeste ainsi l’harmonie de la communauté. Il est alors pleinement en accord avec Paul, mais l’arrivée de gens proches de Jacques l’amène à changer sa manière de faire, et, dès lors, il se tient à l’écart des païens et réintroduit de fait les règles du judaïsme à l’intérieur du christianisme. Le retrait de Pierre provoque une attitude analogue parmi les autres chrétiens d’origine juive, y compris Barnabé !

Dès lors, la séparation des tables s’instaure dans la communauté d’Antioche qui n’est plus une communauté de frères liés par la mort et la résurrection du Christ. Le verset 14 présente l’argumentation de Paul à l’encontre de Pierre telle qu’il l’a conçoit quelques années plus tard. Au début de son séjour à Antioche, Pierre, qui est juif, a tiré toutes les conséquences de la liberté chrétienne et a partagé la table de chrétiens d’origine païenne ; il a montré ainsi qu’il n’hésitait pas à vivre à la manière des pagano-chrétiens. Son retrait est condamnable, car il oblige les païens à vivre à la juive, c’est-à-dire à se faire circoncire et à observer la totalité de la Loi s’ils veulent faire table commune avec les judéo-chrétiens. Le changement d’attitude de Pierre et des autres juifs annule en fait la liberté chrétienne. Paul ne s’étend pas sur le résultat de son intervention auprès de Pierre, car, au moment où il écrit sa lettre aux Galates, il a un autre souci qui l’a conduit à stigmatiser la marche en arrière de Pierre et de quelques chrétiens d’origine juive : sous la pression des judaïsants, les Galates sont prêts à effectuer une démarche analogue à celle de Pierre et des judéo-chrétiens d’Antioche. Le reproche adressé à Pierre les vise également : il n’est pas possible de changer de comportement lorsqu’on a goûté à la liberté chrétienne.