Jérémie 1, 4-10+17-19

La venue du Précurseur

Saint Guerric d’Igny

Sermons, Tome II, SC 202, p. 319s

Pour prêcher la grâce de Dieu, répandue par la pleine de grâce, il fallait un homme plein de grâce. Il convenait aussi que la grâce brillât d’une façon extraordinaire en celui qui était destiné à marquer comme la limite entre le temps de la Loi et le temps de la grâce. Jusqu’à Jean, la Loi et les prophètes ont prophétisé (Matthieu 11,13), et il fut le premier à révéler la présence de Celui dont la Loi et les Prophètes annonçaient la venue.

C’est à juste titre qu’elle fut jadis pour beaucoup, et qu’elle le reste aujourd’hui encore, une cause de joie, la naissance de cet enfant qui, donné à ses parents dans leur vieillesse, venait prêcher au monde vieillissant la grâce d’une nouvelle naissance. C’est à juste titre que l’Eglise fête solennellement cette nativité que la grâce opéra de façon merveilleuse, et dont s’émerveille la nature. Dans cette naissance en effet, elle se voit accordé par avance un gage sûr de cet autre naissance où la grâce restaura la nature. L’Eglise ne se montre pas ingrate, ni sans mémoire : elle reconnaît fidèlement avec quelle dévotion et quelle reconnaissance il lui faut accueillir le précurseur qui lui a fait connaître le Sauveur lui-même.

Quant à moi, c’est une joie nouvelle que m’apporte, par sa naissance, cette lampe faite pour éclairer le monde, car c’est grâce à elle que j’ai reconnu la vraie lumière qui luit dans les ténèbres, mais que les ténèbres n’ont pas reçue. Oui, la naissance de cet enfant m’apporte une joie ineffable, car elle est pour le monde la source de biens si nombreux et si grands ; en effet, le premier, il catéchise l’Eglise, l’initie par la pénitence, la prépare par le baptême ; ainsi préparée, il la remet au Christ et l’unit à lui ; puis, lui ayant appris à vivre dans la tempérance, il lui donne, par l’exemple de sa propre mort, la force d’aller à la mort avec courage, et, en tout cela, il prépare au Seigneur un peuple parfait.

Frères, vous dont la vocation est de marcher rapidement vers la perfection, voyez comme il atteindrait vite la perfection chrétienne, celui qui rendrait son esprit docile aux leçons d’un tel maître ! Chez lui, les premiers degrés de la justice eux-mêmes dépassèrent la mesure ordinaire de la perfection humaine, et les rudiments du premier âge l’emportèrent sur la sagesse des vieillards. Saint avant de naître, comment s’étonner de ce qu’en avançant dans la vie, il se montrât plus que saint ?