Proverbes 9, 1-2 + 5-21

La Sagesse hospitalière

Pères H. Duesberg et I. Fransen

Les scribes inspirés, p. 286s

La Sagesse est vivante et bien campée : elle parle et elle agit. A l’envi, sa rivale Dame Sotte dresse autel contre autel : elle ne pourrait prétendre à devenir une hypostase, à peine une allégorie ; aussi pour animer sa physionomie que menace l’abstraction, l’auteur lui a-t-il donné les traits de l’inconnue, maîtresse d’impudicité. Comme cette dernière, Dame Sotte est impulsive, elle est à l’affût à sa porte, elle se répand en promesses effrontées, et elle a partie liée avec le Shéol. Dans ses discours comme en ses subterfuges, si elle rappelle la gourgandine, elle singe avec audace la Sagesse.

Par deux fois, la Sagesse parle sans que la Folie l’interrompe ou la contrefasse. Elle va criant par les rues, aux bais des portes de la ville. Dans son premier discours, elle se répand en reproches et en menaces qui ne sont d’ailleurs que des procédés oratoires pour mieux saisir ses auditeurs ; elle promet de faire jaillir son esprit pour l’avantage de ceux qui écoutent et ceci donne plus de corps à l’allégorie. La mise en scène est décrite en traits pittoresques : La Sagesse n’appelle-t-elle pas ? Et l’intelligence, n’élève-t-elle pas la voix ? Au sommet des points culminants, sur la chaussée, au croisement des chemins, elle se poste. A côté des portes, à l’ouverture béante de la cité, près des voies d’accès, aux portes, elle déclame.

La Sagesse s’y décrit, s’y loue, tout en se proposant aux enfants des hommes. Avant tout, elle est droite et sincère, juste et véridique ; son prix est sans égal, elle possède toutes les ressources d’esprit qui assurent le succès. Elle est la pédagogue des rois. Alors s’élevant davantage, elle révèle à son auditoire les relations qui la rattachent à Dieu. Ce sont ses titres de noblesse : intime avec la divinité, elle a collaboré à la création, ce chef-d’œuvre de puissance et de science. Qui pourrait négliger d’entendre cette compagne de Dieu et de s’y attacher ? Enfantée avant le temps, dépositaire des secrets de Dieu, elle recherche, à son image, la compagnie des humains pour leur départir le bonheur.